Crise

L’UDC peine à réagir après cette nouvelle humiliation

Par Patrick Chuard et Fabian Muhieddine, Berne le 15.12.2011 à 22:30

Sortir du gouvernement? Tuer le père Blocher? Les mêmes questions qu’en 2007 reviennent hanter le parti. Sa direction essuie des critiques et se retrouve isolée.

Un jour après l’élection du nouveau Conseil fédéral, l’UDC s’extirpe d’un cauchemar. Humilié, le parti a du mal à se ressaisir. Les vieux fantômes reviennent le hanter, les mêmes dilemmes qu’après l’éviction de son conseiller fédéral en 2007. Sortir du gouvernement? Se débarrasser de Christoph Blocher? Changer le style? Mais, cette fois, les propos se veulent plus nuancés dans les couloirs du palais. Les élus disent tous attendre la thérapie de groupe, mardi prochain. Ce pourrait être le gros déballage. La liste des reproches à l’encontre de la présidence du parti est longue… Le mauvais score aux fédérales et le désastre de la candidature de Bruno Zuppiger sont autant d’erreurs stratégiques.

Surtout, le dernier coup des trois «B» (Christoph Blocher, le stratège, Toni Brunner, le président, et Caspar Baader, le président du groupe) a mal passé. «Mercredi matin à 7?h, le groupe UDC avait décidé de n’attaquer que le siège d’Eveline Widmer-Schlumpf et le dernier, celui des socialistes, raconte Oskar Freysinger (UDC/VS). Je ne comprends pas d’où est venue cette stratégie d’attaquer le siège de Johann Schneider-Ammann, celui des radicaux!»

Le parti semble à court de solutions. Changer le style? «Nous sommes victimes de la situation. Cela tient à notre message constant devant le peuple: nous contre les autres. Dès lors, il est logique que les autres ne veuillent pas nous aider à obtenir un deuxième siège. Mais, mercredi, il n’y avait rien à faire. Tout le reste n’était que démonstrations servant à justifier notre posture d’opposition», explique Yves Nidegger (UDC/GE).

Tuer le père? Des voix commencent à demander un renouvellement de la direction. Mais difficile de se passer de Christoph Blocher, de son aura et de ses millions. «Nous devons effectivement faire une transition, mais avec lui», affirme Oskar Freysinger.

Quant à la solution de l’opposition, seuls les trois «B» semblent l’envisager. «L’attaque contre Johann Schneider-Ammann légitime l’UDC comme un parti d’opposition», explique Toni Brunner dans la presse alémanique. Christoph Blocher affirme sur Teleblocher que le parti «finira de toute manière dans l’opposition, mais ce sera aux délégués du parti de décider comment, le 28 janvier». Et Ueli Maurer? «Il fera ce que le parti lui dira!» Mais le seul conseiller fédéral UDC aurait beaucoup à perdre d’un départ précipité et notamment une part de sa rente de ministre. Est-ce que les pontes du parti ont évoqué cette question lors de leur réunion dans le bureau d’Ueli Maurer la veille de l’élection? Rien n’a filtré du contenu de ce conciliabule rapporté par la RSR.

En tout cas, Christoph Blocher entonne le même discours qu’en 2007: «Il y a toujours des faibles dans un parti, qui ne veulent pas l’opposition», a-t-il expliqué. Les trois «B» pourraient donc proposer une sortie du gouvernement le 28 janvier à l’assemblée des délégués. Au risque de provoquer une fracture interne, car le groupe parlementaire n’est pas chaud face à cette idée. «Nous représentons 26% des Suisses, un quart de la population. Si nous sortons du gouvernement, nous ne remplissons plus le mandat qui nous a été donné, explique Pierre-François Veillon (UDC/VD). Tous les militants avec qui je discute veulent que nous gouvernions…»

Gilberte Demont, présidente du parti cantonal fribourgeois, confirme cette impression: «La question s’était déjà posée au niveau fribourgeois après les résultats cantonaux. Et là, le souhait était clair. Oui, nous devons faire la politique de l’UDC et dénoncer ce qui ne va pas. Mais pas d’opposition systématique: ce serait trahir la confiance de nos électeurs.»

L’avenir de l’UDC pourrait bien correspondre à la description d’André Bugnon (UDC/VD): «L’opposition en Suisse n’est pas vraiment possible. Par contre, nous allons pouvoir encore mieux jouer avec nos armes de toujours, comme le référendum.» Ce qui exclurait une véritable révolution.


 

Analyse: Pour sortir de l’impasse, imiter les socialistes

L’UDC se réveille avec la gueule de bois. Alors qu’il présentait pour une fois deux candidats modérés au Conseil fédéral, le plus grand parti de Suisse se fait sèchement envoyer dans les cordes. Une humiliation qui ne doit rien au hasard mais qui est un aboutissement logique de ses erreurs stratégiques.

L’UDC paie simplement la facture de 2003, l’époque bénie pour elle où elle était en pleine croissance et dictait ses conditions. Cette époque a pris fin avec l’éjection de Christoph Blocher en 2007. Au lieu de prendre acte qu’une coalition de centre gauche était en train de se mettre durablement en place contre elle, l’UDC n’y a vu qu’un simple accident de parcours dû à la personnalité de Blocher. Or le problème n’est pas Blocher mais l’amateurisme avec lequel l’UDC s’engage dans des élections majoritaires, le sabre au clair et sans alliés.

L’UDC va devoir rapidement se remettre en question si elle veut retrouver un second siège au Conseil fédéral. Car tout indique que son ostracisme va durer. La coalition de centre gauche ne fera dans quatre ans aucune fleur au parti nationaliste.

Pour sortir de son impasse, l’UDC devrait s’inspirer de l’exemple du PS. Ce dernier poursuit une double stratégie: politique marquée à gauche dans les votations et les parlements; politique pragmatique et consensuelle dans les exécutifs et les scrutins majoritaires. On ajoute à cela une alliance serrée avec les Verts et la stigmatisation de l’UDC pour diviser la droite, et on obtient le cocktail gagnant. En résumé: des idées carrées, des notables modérés, une stratégie d’alliances et un adversaire clairement identifié.

Pour le premier point, l’UDC n’aura pas de gros efforts à faire. Les campagnes contre les criminels étrangers, les bilatérales ou la hausse de la fiscalité continuent de séduire l’électorat. Un parti qui fait 26% des voix aux élections nationales n’a pas de vrai problème sur ses thèmes de base.
L’UDC a en revanche un gros problème avec ses alliés de droite, qu’il insulte ou menace régulièrement. On l’a encore vu mercredi avec l’attaque grotesque contre le siège PLR ou les sorties vengeresses contre le PBD. Un comportement pubertaire qui lui aliène ses alliés naturels. C’est là qu’il faut reconstruire, et cela demandera du temps vu la vaisselle cassée.

Enfin, le parti va surtout devoir former ses futurs notables à l’instar d’un Berset au PS: consensuel sans être mou, pugnace sans être agressif, dépositaire des idées du parti tout en étant ouvert au compromis. Nouer des alliances avec ses cousins bourgeois, présenter des candidats modérés et n’avoir comme seul adversaire que la gauche, voilà qui s’apparente à une révolution culturelle pour l’UDC. On verra ces prochaines semaines si le parti va dans cette direction ou s’il préfère mettre la tête dans le sable et continuer à dire qu’il est victime d’une grave injustice.
(Arthur Grosjean)

La bourde elle s'appelle Z........ER.........ok la crédibilité !

Je me demande bien comment un parti qui sait bien dénoncer les problèmes mais qui n'a aucune idée de comment les résoudre pourrait avoir des notables de la qualité de M.Berset. Ce n'est pas un hasard si l'UDC a énormément de peine à trouver des candidats admissibles pour le conseil et le tribunal fédéral. C'est simplement qu'il y a très peu de gens très bien formés qui sont d'accord avec les idées de l'UDC...

Très peu de gens, dites-vous... Mais vous oubliez le PLR, la demi-portion qui "mange dans la main du petit Blocher"... leur façon, à eux, peu reluisante certes..., de se tenir dans le dit "top 40" des politiciens du centre...

c'est presque ça, Mais là ou je ne comprend pas mon parti UDC c'est d'attaqué tout azimut pour à la fin recevoir des coups de bâtons, c'est un comble, de plus vouloir disputer aussi le siège du PLR c'est gonflé. Alors j'éspère que dans 4 ans ils auront mis de l'eau dans le vin.

Au soir de la déconfiture de l'UDC, aviez-vous entendu la réponse faite à la TSR par Yves Hydegger - UDC Genève à qui l'on demandait quelle avait été la stratégie de l'UDC, déclarer, fâché "Oui, notre stratégie fut de n'avoir aucune stratégie"
Maintenant la jeune recrue qu'est Madame Céline Amaudruz ne me fait guère confiance... elle semble plié selon d'où vient le vent !!!

Toutes les "analyses" post-électorales sur l'UDC proposent toujours la même recette: éliminer Blocher.
Bizarre, bizarre.

Tous ces experts qui veulent tant de bien à l'UDC et qui lui expliquent comment s'y prendre!

Vraiment, tant de bons conseils et de sollicitude, c'est gentil, fallait pas. Vous vous donnez bien de la peine.

Attention, la bête blessée est encore dangereuse.

Néanmoins et à la vue de tous, nous avons pu constater qu'in système dictatorial est imposé par les dirigeants de ce parti.

Il n'y qu'à voir la Bader remettre é l'ordre un élu qui répond à un média. Minable.

Il est a se demander, mis à part les 3 B, les autres élus ne sont que des capos

"Pour sortir de son impasse, l’UDC devrait s’inspirer de l’exemple du PS"

Le PS n'a t'il pas perdu 1% aux élections? Pas vraiment le bon exemple, non?

Pour ma part, je trouve que ce sont les partis qui ont cautionné une conseillère fédérale représentant 5% de la population qui sont à plaindre.

Par leur vote, ils ont montré le peu de respect qu’ils ont pour la démocratie. Les journaux parlent de gifle donnée à l’UDC, soit, mais dans ce cas, il faudrait ajouter que ce sont ceux qui donnent la gifle qui sont bien lamentables. Car pourquoi frapper un parti qui est légitimement représenté dans le peuple. C’est dans la manière dont on se comporte avec nos adversaires que se cache notre vraie valeur. Les intrigues ont donc mis en lumière des bassesses coupables et j’espère que le peuple en a pris note.

Je précise que je ne suis pas de l’UDC.

Votre raisonnement fait fi du fait que gouverner en démocratie implique une entente avec les autres membre, tout aussi légitiment représenté au gouvernement que l'UDC. C'est l'UDC qui mène une politique systématiquement en opposition profonde avec le gouvernement, par conséquent ils se mettent hors-jeu tout seul.

julien
L'UDC n'a pas été humilié mais a reçu son juste. Pour aller de l'avant l'UDC doit rétrograder les trois (3) B.

@pensif:, Les membres de l'assemblée fédérale sont élus pour voter, lors d'élections ou de votations et non pour se gargariser devant les médias ! Et si ce n'est pas au président de groupe d'intervenir, je voudrais bien savoir à qui incombe cette tâche ? OK, on peut toujours discuter sur la forme....

A ceux qui se plaignent du fait que l'UDC n'ait pas récupéré son 2ème siège, je demande quel candidat d'envergure fédérale l'UDC a présenté ? Ben... aucun. Personnellement, je préfère avoir des personnes compétentes provoquant une petite entorse à notre système de concordance plutôt qu'un système de concordance fait d'incapables.
Enfin, je rappelle que le PBD ne représente pas 5% de la population. Mme Widmer-Schlumpf n'a pas modifié ses positions depuis qu'elle a fondé ce parti. Ce ne sont pas ses idées ou un quelconque désaccord avec celles de l'UDC qui l'ont incitée à fonder ce parti, mais le fait que l'UDC l'ait exclue du parti. Elle a été élue UDC, elle mène une politique UDC, elle a simplement collé une étiquette PBD dessus.
L'UDC avait 2 conseillers fédéraux et en a viré un. Alors qu'ils arrêtent de se poser en victimes qu'ils ne sont pas, assument leurs responsabilité et partent à la recherche d'un candidat de qualité - qu'ils ne semblent pas avoir. S'agissant de Samuel Schmid, il a été qualifié par son propre groupe de "demi-conseiller fédéral UDC". A force de cracher sur ses propres éléments, ont finit par se reprendre ses crachats en pleine figure quand le vent tourne. En deux mots comme en cent : bien fait.

Accessoirement, lorsque Mme Widmer-Schlumpf a été démocratiquement élue, l'UDC a tenté d'imposer un candidat dont notre système n'avait pas voulu, le parti me semble donc très malvenu d'invoquer aujourd'hui le non-respect de ce système qu'il a été le premier à enfreindre... Comme on fait son lit, on se couche... Celui qui a vécu par le glaive périra par le glaive, bref si tu emm.... le monde, ne t'étonnes pas que le monde t'emm... en retour ;o)

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