RAPPORT

Un supercanton pour répondre à la question jurassienne

Par CÉDRIC WAELTI MOUTIER le 05.05.2009 à 00:01

L’Assemblée interjurassienne propose de réunir le Jura et le Jura bernois dans une seule entité de six communes. L’idée reste explosive.

Des policiers aux quatre coins de la Societ’halle, des stores fermés pendant toute la conférence de presse: Moutiers était en alerte, à 6?h, hier matin. Mais rien à voir avec la grippe A (H1N1). Après trois ans de travaux, l’Assemblée interjurassienne (AIJ) présentait, dans un climat tendu, son rapport sur l’avenir institutionnel du Jura.

La principale conclusion de l’AIJ est audacieuse. Pour répondre durablement à la question jurassienne, il faut créer un nouveau canton avec six communes, réunissant le haut (l’actuel Jura) et le bas (Jura bernois). Mais comme effrayée par sa propre audace, l’AIJ a choisi de proposer une variante: un statu quo amélioré. «Nous sommes d’avis qu’il faudra le vote des citoyens», s’est justifié Serge Sierro, le président de l’AIJ.

Nombreux obstacles
Pour éviter de braquer complètement les antiséparatistes bernois, l’AIJ a donc choisi de faire dans «la nuance». Toutefois, la tonalité du rapport ne trompe personne. «La piste d’un nouveau canton à six communes produit des effets positifs significatifs au niveau des finances, de l’aménagement du territoire, de la gouvernance et de la simplification institutionnelle. (…) Concernant la piste du statu quo?+?(ndlr: collaboration renforcée), il faut s’attendre à des résultats plus modestes.»

La nouvelle entité cantonale, comprenant le haut et le bas du Jura, passerait donc de 113 communes aujourd’hui à six, correspondant aux districts actuels: Porrentruy (JU), Delémont (JU), Franches-Montagnes (JU), Moutier (BE), Courtelary (BE) et La Neuveville (BE). Le partage des tâches entre le canton et ces communes serait optimisé. Par exemple dans la santé.

Quant au nombre de fonctionnaires (1328 emplois pour les deux régions à ce jour), il serait évidemment revu à la baisse. Un gouvernement de cinq membres serait institué, avec un parlement de cinquante élus. Moutier serait la capitale du nouveau canton, avec Porrentruy comme centre judiciaire. Grâce aux synergies et à une réduction des charges administratives, le canton du Jura pourrait gagner entre 94 et 111 millions de francs, explique l’AIJ. Le Jura bernois empocherait, lui, entre 26 et 38 millions.

Sur le papier, la démonstration est parlante. Mais, politiquement, les obstacles ne manquent pas. Malgré la diplomatique option du statu quo, les antiséparatistes du Jura bernois sont déjà montés au front. «L’AIJ a privilégié la variante qui conduirait pratiquement à l’annexion du Jura bernois par le canton du Jura, sous une forme irréaliste», ont fustigé les représentants de Force démocratique.

Etudes complémentaires
Si la présidente de la délégation du gouvernement jurassien, Elisabeth Baume-Schneider, accueille favorablement l’idée d’un grand Jura, «véritable projet de société», son homologue bernois est moins enthousiaste. «Avant de prendre position, il est possible que nous demandions des études complémentaires», explique Philippe Perrenoud. Pour ce dernier, il est hors de question d’imaginer une solution durable sans prendre en compte la communauté d’intérêt entre le Jura bernois et la ville de Bienne. L’AIJ reconnaît le problème.

Refusant d’être mis sous pression, le chef de la délégation bernoise rappelle que c’est aux cantons de reprendre le dossier, et que ce sont eux qui décideront d’un éventuel scrutin populaire. Présente, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf l’a rassuré: «Le mariage forcé n’est pas dans les mœurs de la Confédération.»

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