Un groupe d’historiens a traduit en français les premiers textes rapportant le mythe de Guillaume Tell. Le recueil Guillaume Tell et la Libération des Suisses sera publié en septembre, regroupant une quinzaine de textes traduits de l’Allemand et du Latin, de la fin du XVe et du début du XVIe siècle. Le mythe est toujours d’actualité, pour Jean-Daniel Morerod, auteur et professeur d’histoire médiévale à l’Université de Neuchâtel.
– Pourquoi n’existait-il pas de traduction auparavant?
– Il y a eu des traductions partielles au XIXe. Car durant les 30?années qui ont suivi la guerre du Sonderbund (1847), les questions sur les origines de la nation, la promesse de fidélité au serment du Grütli, l’unité et l’indépendance incarnée par Tell ont été cruciales.
– Comment s’est construit le mythe de Guillaume Tell?
– Il émerge dès 1470. Vers 1520, tout Suisse en a entendu parler. Il faudra un siècle pour parfaire le récit. Comme un scénario hollywoodien auquel on retire et ajoute certaines scènes, le récit s’est perfectionné au fil du temps, mais chaque texte reprend le précédent.
– Comment expliquer les similitudes avec des mythes de pays du nord?
– Soit des voyageurs venus du nord ont raconté ces histoires en passant le Gothard. Soit ces mythes sont plus anciens et ont été retranscrits dans des civilisations différentes, mais descendant de la même origine.
– Quel rôle a pu jouer ce mythe dans le passé? Et aujourd’hui, quelle est son actualité?
– Jusqu’en 1960, Guillaume Tell a joué un très grand rôle dans le développement de l’identité nationale suisse. Entre la fin du XVIIIe et le XIXe, il a participé au prestige international de la Suisse, notamment avec le drame de Friedrich Schiller. Symbole de la liberté contre l’oppression, il a eu un rôle crucial dans l’émancipation des peuples après la révolution française. Aujourd’hui, la Suisse manifeste de nouveau de la tendresse pour ses mythes fondateurs. La Suisse est isolée au milieu de l’Europe. Les réflexions sur l’indépendance et le particularisme helvétique redeviennent donc centrales. En conséquence, un certain folklore redevient actuel. On n’entrera pas dans l’Europe et c’est, en partie, à cause de Guillaume Tell!