CRISE LIBYENNE

Soudain, tout le monde veut sauver les otages suisses

Par CAROLINE ZUERCHER le 28.10.2009 à 00:03

Les Etats-Unis apportent leur soutien à la Suisse. Depuis une semaine, les appuis se multiplient. Décryptage d’une stratégie dans laquelle l’opinion publique est appelée à se mobiliser.

Les Etats-Unis, l’Espagne, l’Organisation de la conférence islamique, Amnesty International, les anciens avocats des infirmières bulgares… Depuis une semaine, les interventions en faveur des otages suisses pleuvent. Jeudi dernier, après avoir haussé le ton face à la famille Kadhafi, la cheffe de la diplomatie, Micheline Calmy-Rey, et le président de la Confédération, Hans-Rudolf Merz, sont restés muets sur leur stratégie future. Mais les nombreuses interventions de particuliers, d’Etats et d’organisations laissent à penser que Berne a lancé une nouvelle dynamique.

Les proches parlent
Tout a commencé avec l’intervention télévisée de l’épouse de l’otage helvético-tunisien, qui est régulièrement en contact avec le DFAE. Prenant acte de l’échec des négociations, elle a confié sa grande inquiétude aux téléspectateurs. «Je reçois maintenant des témoignages de personnes qui se disent choquées», nous explique-t-elle. Dans la foulée, Miguel Stucky, collègue du même homme, a fustigé le comportement des autorités genevoises. Et ABB, l’entreprise pour laquelle travaille l’autre Suisse retenu, a lancé un appel aux dirigeants helvétiques et libyens.

A côté de l’opinion publique, les interventions diplomatiques se succèdent. L’Espagne, qui prendra en janvier la présidence de l’Union européenne, a annoncé la semaine dernière sa volonté d’aider la Suisse. Hier, l’ambassadeur des Etats-Unis en Suisse, Donald Beyer, a déclaré à son tour dans les colonnes du quotidien alémanique Südost-schweiz: «Mon gouvernement suit ce cas avec préoccupation et nous saluerions un retour des deux Suisses». Avant de préciser que d’autres Etats seraient prêts à apporter leur soutien.

Sollicités par Berne?
L’Europe et les Etats-Unis: ces appuis tardifs mais influents peuvent redonner des couleurs aux diplomates suisses! Et ce n’est pas tout. La Télévision alémanique DRS rapportait hier que l’Organisation de la conférence islamique (OCI) est elle aussi prête à jouer les intermédiaires. «C’est important, souligne Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen. Cela montre aux Libyens que la coalition qui se dresse contre eux n’est pas uniquement occidentale.» Car il faut savoir que l’OCI regroupe 58 Etats musulmans, dont la Libye.

La Suisse a-t-elle sollicité ces interventions? Le DFAE conserve son mutisme. «En tous les cas, la réaction des proches et le nouveau ton de Berne ont été perçus comme un feu vert par des Etats étrangers qui étaient prêts à se mobiliser», commente Hasni Abidi.

«On avait oublié qui étaient les victimes»
La stratégie a donc changé. Ce que salue Stéphane Zerbib, l’avocat parisien des infirmières bulgares retenues durant huit ans en Libye: «L’intervention des proches des otages remet les choses à leur place. A force, on avait presque oublié qui étaient les victimes… Ce sont deux malheureux Suisses, et pas les Libyens!»

Tripoli, en se montrant blessée dans son honneur, a placé les débats sur le terrain symbolique. Berne utilise désormais les armes de son adversaire. «Plus l’opinion publique se mobilisera, et plus les politiciens gagneront du poids dans les négociations, poursuit notre interlocuteur. Les Suisses seront davantage respectés et pourront ainsi discuter à armes égales.» A l’entendre, Berne s’engage donc dans la bonne voie. Car cette tactique, dans laquelle les otages et non les politiciens occupent le devant de la scène, a déjà fait ses preuves: c’est grâce à elle que ses clientes ont été libérées en 2007.

A noter que selon Pascal Couchepin, qui s’est exprimé hier à la RSR, «le Conseil fédéral doit réanalyser la situation» à la lumière de tous les témoignages qui sont tombés depuis une semaine. Il ne fait guère de doute que le gouvernement évoquera le sujet ce matin au cours de sa séance hebdomadaire.

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