SÉCURITÉ ROUTIÈRE

Le siège-auto obligatoire jusqu’à 12?ans? Débat

Par Serge Gumy le 20.03.2010 à 00:02

Dès le 1er avril, les enfants de moins de 12?ans ou mesurant moins de 1,50 m devront être installés en voiture dans un siège ou sur un rehausseur. Des parents se révoltent.

La fronde contre le siège-auto obligatoire pour les enfants de moins de 12?ans (contre 7?ans jusqu’ici) ou de moins d’un mètre cinquante prend de l’ampleur. Hier, à Berne, l’association Mobilitant a remis une pétition munie de plus de 20?000 signatures contre les nouvelles règles fédérales qui entreront en vigueur le 1er avril. Malgré ces critiques, Moritz Leuenberger a affirmé lundi devant le Conseil national qu’il maintenait le cap. Après analyse, son département suggère même au Conseil fédéral de ne faire aucune exception, même pas pour les automobilistes transportant occasionnellement des enfants (grands-parents, parents de copains…). Jusqu’où aller pour assurer la sécurité des enfants en voiture? 24?heures a mené le débat.

– L’Office fédéral des routes est-il surpris de l’ampleur de la protestation?

FRANÇOISE TSCHANZ (porte-parole de l’Office fédéral des routes)
– Les milieux concernés avaient pu s’exprimer lors de la consultation sur la nouvelle ordonnance. Mais nous avons été surpris par le nombre de questions que nous avons reçues de la part des citoyens. Apparemment, il y a malaise.

MAGALI DUBOIS (porte-parole du Bureau de prévention des accidents)
– En Suisse, pour la sécurité en voiture, nous avons des standards très élevés pour les 0-7?ans, et pour les adultes, qui ont l’obligation de boucler leur ceinture. Rien n’est prévu par contre pour les 7-12?ans. Les nouvelles règles ne font ainsi que combler une lacune.

PASCAL PRINCE (président de Mobilitant)
– Il suffisait juste de descendre la ceinture des voitures un peu plus bas pour régler le problème sans imposer le siège-auto.

F.T. – Les ceintures réglables n’empêchent pas que l’enfant glisse sous la partie ventrale, ce qui occasionnera, en cas de choc, de graves lésions internes.

– Combien d’enfants de 7 à 12?ans meurent-ils chaque année dans un accident de voiture en Suisse?
M.D. – Entre 1 et 8 morts entre 2000 et 2008. On ne sait pas s’ils sont morts étranglés par la ceinture.

P.P. – En 2008, un seul enfant de 10 à 14?ans est mort dans un accident. Et rien ne nous dit qu’un siège l’aurait sauvé.

– 1 à 8 morts par année: cela vaut-il encore la peine de prendre une telle mesure?
F.T. – Assurément, ne serait-ce que pour éviter une seule mort qui endeuille toute une famille.

M.D. – Une étude réalisée en Allemagne et basée sur 8500 cas d’accidents montre que dans 1,8% des cas un enfant correctement installé dans un mécanisme de retenue est blessé grièvement, dans plus du double quand il est seulement attaché, et dans 13% des cas quand il n’est pas attaché.

– N’est-il pas juste de prendre toutes les mesures pour éviter la mort ne serait-ce que d’un enfant?
P.P. – Toutes les mesures, cela veut dire céder à une hypocondrie dangereuse. Je ne peux pas imaginer vivre dans un état d’anxiété permanent. Quand j’étais enfant, j’ai fait des tonneaux dans une voiture, j’ai survécu, tant mieux pour moi.

– Beaucoup de parents se plaignent des coûts supplémentaires que l’obligation du siège-auto va engendrer pour eux…
M.D. – Peut-être n’avons-nous pas assez dit qu’un simple rehausseur suffit pour les enfants de plus de 15 kilos. Or il ne coûte que de 20 à 40?francs. Quant aux sièges, ils coûtent de 200 à 300?francs.

F.T. – On compte qu’un enfant passe dans trois sièges différents entre 0 et 12?ans. Cela revient à un investissement de 1000 à 1200?francs, soit 30 centimes par jour. Ce n’est pas la ruine!

THIERRY SCHNEIDER (père de famille, Renens)
– Mais alors, que l’Etat fasse un geste pour les familles!

P.P. – Une telle dépense n’est pas raisonnable dès lors qu’elle ne sert à rien. Les véhicules en Suisse sont extrêmement sûrs, la ceinture à trois points est installée sur quasiment toutes les voitures, et elle suffit largement pour les cas d’accidents qui peuvent se présenter. Mais il y aura toujours un risque de mort.

– Thierry Schneider, vous dénoncez les problèmes pratiques de l’obligation du siège-auto.
T.S. – Je ne vous dis pas tous les problèmes qu’on est en train de causer aux mamans qui transportent leurs enfants ou aux responsables de clubs de football. Mon fils de 10?ans et demi joue au foot avec d’autres garçons dont le plus grand mesure 149?cm. Comment allons-nous faire quand la moitié des parents n’ont pas de voiture, et donc pas de sièges? Je ne vais pas en acheter pour eux.

F.T. – Une solution serait que les sociétés mettent à disposition des enfants un rehausseur.

–?Et pour les parents qui emmènent les enfants des autres à l’école?
M.D. – Je le vois dans ma famille, les grands-parents ont déjà, eux aussi, un siège pour transporter mon fils.

P.P. – Comment se fait-il que je doive me doter de sièges pour les enfants alors que ma fille, pour aller à l’école, monte tous les jours dans un bus où il y a une simple ceinture abdominale? J’ai l’impression qu’on accorde des exceptions à l’Etat que l’on refuse aux citoyens.

– Que répondez-vous à ces parents qui disent ne pas arriver à mettre trois sièges côte à côte à l’arrière?
F.T. – Pour les quelques cas où ce n’est effectivement pas possible, on peut par exemple installer un enfant à l’avant dans un siège en désactivant l’airbag.

T.S. – Je connais une famille avec trois enfants qui a volontairement acheté une petite voiture pour des raisons écologiques, et qui va devoir en changer.

M.D. – Je veux bien croire que, dans certains cas, les nouvelles règles puissent poser problème. Mais ne me dites pas qu’au 1er avril une majorité de Suisses devront changer de voiture. Dans la plupart des breaks familiaux en circulation, on pourra asseoir trois enfants l’un à côté de l’autre dans un rehausseur.

– Magali Dubois, vous êtes maman. Ces nouvelles règles ne vont-elles pas vous compliquer la vie?
M.D. – Je peux imaginer que ça complique le covoiturage ou les transports d’enfants dans le cadre d’activités sportives. Mais je trouverais absurde de me promener en voiture en famille et d’imaginer que je protégerais moins bien un de mes enfants parce que je renonce au siège.

– Pourquoi la Suisse ne suivrait-elle pas le mouvement européen?
P.P. – Je suis sidéré de constater que l’Office fédéral des routes n’a pas vu que l’Union européenne autorisait ses Etats membres à adopter des règles moins strictes, et que de 135 à 150?cm, ou dès 10?ans, la ceinture de sécurité pour adultes peut suffire.

F.T. – Nous sommes tenus de suivre la directive européenne en vertu de l’accord bilatéral sur les transports terrestres, qui offre certes une petite marge de manœuvre. Et nous ne sommes de loin pas le pays le plus sévère. En Autriche, le siège- auto est obligatoire jusqu’à 14?ans. La Suisse est dans la moyenne.

P.P. – Si vous aviez posé la limite à 135?centimètres, comme l’autorise la norme européenne et comme le fait la France, jamais nous n’aurions lancé de pétition.

– Moritz Leuenberger avait promis d’étudier les exceptions permises par l’Union européenne. Le Conseil fédéral va-t-il assouplir les règles?
F.T. – C’était de la part du conseiller fédéral un signe d’ouverture, pas une promesse qu’il y aurait un changement des règles. Les opposants devraient malgré tout s’en réjouir.

T.S. –?En profane, je me demande pourquoi les nouvelles règles ne sont pas soumises à un vote populaire.

F.T. – Parce que l’on parle d’une simple modification d’ordonnance, que le Conseil fédéral peut décider sans consulter le parlement ou le peuple.

T.S. – Mais c’est quand même une contrainte qu’on impose aux citoyens, au nom de la sécurité. Le problème, c’est que quand on se soucie de notre santé, c’est souvent pour nous faire passer à la caisse. Pour moi, ceux qui ont pris cette décision font avant tout le jeu des fabricants de sièges.

– Dans le fond, vous nous dites que Berne ne reculera pas…
F.T. – Je ne sais pas ce que le Conseil fédéral décidera. La pétition de Mobilitant constitue un signe, certes fort, mais qui ne garantit pas un changement de la position du gouvernement.

P.P. – Nous passerons alors par la voie politique. Et comme nous avons le soutien déclaré des cinq principaux partis de Suisse, j’espère bien que nous arriverons à obtenir les exceptions permises par l’Union européenne.

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