On se presse chez les opticiens. Ces dernières semaines, Berdoz Optic a enregistré une hausse de ses ventes de 39%. Visilab affiche une augmentation de «pratiquement 25%». La raison de cet engouement? Dès janvier, l’assurance de base ne remboursera plus lunettes et verres de contact.
Cette décision, les opticiens ne la comprennent pas. Pour les adultes, précise Daniel Mori, président de Visilab, elle aura un impact limité. «Ils obtenaient 180?francs tous les cinq ans à condition d’avoir atteint leur franchise et d’avoir une ordonnance. Mais c’est ennuyeux, et même inadmissible, en ce qui concerne les enfants.»
Pour eux, la contribution était annuelle. «Et un défaut visuel peut entraîner un échec scolaire», conclut notre interlocuteur. «Cette décision aura un impact sur les familles, renchérit Marc-Etienne Berdoz, patron de l’entreprise du même nom. Avec les enfants, les changements de lunettes sont fréquents, parce que leur vue évolue vite.» Sans oublier que lorsque des parents ont des problèmes de vue, leurs enfants risquent de les partager. Le budget lunettes d’une famille peut donc dépasser 2000?francs par an, selon l’opticien.
Dans ces conditions, Marc-Etienne Berdoz offrira l’an prochain une paire de lunettes par enfant et par famille lors du renouvellement de l’équipement d’un des parents. Coup de cœur ou coup de pub? «Nous n’allons pas nous priver d’une publicité si nous la considérons juste et qu’elle nous permet d’exprimer un engagement citoyen.».
Chez Visilab, on annonce aussi une action, sans en dire davantage. «Bonne idée», note Thomas Loehr, responsable pour la Suisse chez Fielmann. Ce troisième magasin, qui se veut bon marché, ne prévoit pas de geste supplémentaire. «En Allemagne, la même mesure a été prise il y a sept ans. Mais les enfants en ont été exclus», regrette Thomas Loehr.
Gain de 10 millions par an
A Berne, les conseillers nationaux Thérèse Meyer-Kaelin (PDC/FR) et Stéphane Rossini (PS/VS) ont déposé des motions contre cette décision. Mais le Conseil fédéral reste sourd. Les difficultés des familles? Les cas de rigueur relèvent de l’aide sociale, dit-il. L’adaptation, précise l’Office fédéral de la santé publique, s’inscrit dans le réexamen de la liste des moyens et appareils remboursés. Gain escompté: 10 millions par an.
«Les lunettes normales ne traitent pas une maladie», précise Sandra Schneider, responsable suppléante de l’unité direction Assurance-maladie et accidents. Dans certains cas, les verres continueront toutefois d’être remboursés. Surtout pour certains malades. Cela aidera-t-il à faire passer la pilule? Les parlementaires n’ont pas dit leur dernier mot: ils n’ont pas encore traité les motions qui leur sont soumises.