Le 24 août dernier, la police genevoise a surpris un jeune Rom dans des toilettes publiques en compagnie d’un retraité. Les inspecteurs ont saisi une enveloppe contenant 50?francs, apparemment le prix de la passe. Pincé en flagrant délit, l’adulte, qui a des antécédents judiciaires pour des affaires analogues, est poursuivi pour actes d’ordre sexuel sur mineur. Après son audition par la police, le jeune Roumain a fugué et est introuvable. Quant à sa mère, elle se retrouve suspectée d’encouragement à la prostitution et violation du devoir d’éducation.
Versions divergentes
Naturellement, les versions des deux protagonistes divergent. Selon l’inculpé, le jeune Rom lui aurait proposé d’aller aux WC. A l’inverse, le mineur affirme que le retraité lui aurait demandé s’il voulait gagner de l’argent. Toujours est-il que la police a aussi appréhendé le frère de la victime qui attendait dans un bar gay à proximité.
Jouait-il le rôle de proxénète? Dans quelle mesure les jeunes Roms recourent-ils à la prostitution? Selon Me Dina Bazarbachi, des Roms vendent désormais leur corps, après avoir fait la manche dans la rue. «On a vu apparaître des cas à partir de la fin de l’année dernière», déplore la présidente de Mesemrom, l’association pour les Roms de Genève, qui met en cause la traque contre les mendiants: «La misère et le harcèlement policier exercé pour lutter contre la mendicité conduisent des personnes à chercher d’autres façons de gagner leur vie: du vol à la prostitution.» A sa connaissance, une vingtaine de jeunes Roms se prostituent actuellement dans le canton, essentiellement au centre-ville. «Ils sont âgés entre 18 et 25?ans. Difficile d’en savoir plus car ce thème de la prostitution masculine est très tabou au sein de la communauté.»