CRISE LIBYENNE

Le retour des otages suisses pourrait passer par Madrid

Par Xavier Alonso le 18.02.2010 à 00:02

Micheline Calmy-Rey rencontre aujourd’hui le chef de la diplomatie libyenne à Madrid. Présidente de l’UE en 2010, l’Espagne fait pression afin de sortir de la crise au plus vite.

Le retour en Suisse de Max Göldi et de Rachid Hamdani pourrait être imminent. Le conditionnel est de rigueur, et les acteurs du dossier tiennent à cette prudence. Reste que Micheline Calmy-Rey rencontre aujourd’hui même à Madrid le ministre libyen des Affaires étrangères, Moussa Koussa. Un rendez-vous organisé par Miguel Angel Moratinos, leur homologue espagnol, coordinateur de la politique étrangère des Etats membres de l’Union européenne (UE), que l’Espagne préside en ce début d’année 2010.

Après la parole, l’Espagne passe aux actes
En visite à Berne en octobre dernier, Miguel Angel Moratinos avait assuré la Suisse de son soutien. Il joint maintenant le geste à la parole, poussé sans doute par le calendrier. La présidente de la Confédération, Doris Leuthard, se rend en effet en Espagne la semaine prochaine pour y rencontrer le roi Juan Carlos et le chef du gouvernement, José Luis Zapatero. De bonnes nouvelles sur le front libyen constitueraient un beau cadeau de bienvenue.

La diplomatie ibérique s’est en tout cas montrée très active à Tripoli ces derniers jours, selon le quotidien El Pais. Et l’ambassadeur de Libye en poste à Madrid a été convoqué par les autorités espagnoles afin qu’il explique pourquoi Tripoli refuse depuis lundi d’octroyer des visas à des citoyens européens.

La cheffe de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, souhaite elle aussi une résolution rapide. Car la crise entre la Suisse et la Libye a pris une tournure européenne. La preuve: la journée d’hier a été intense sur le front diplomatique entre Berne, Bruxelles, Madrid, Tripoli et Rome.

Rome, qui se posait hier en médiateur, alors que mardi encore il accusait la Suisse de prendre en otages les pays de l’Espace Schengen. Le chef de la diplomatie italienne, Franco Frattini, a déclaré avoir la certitude, après ses entretiens avec Micheline Calmy-Rey (par téléphone) et le ministre libyen Moussa Koussa, que les deux pays étaient désormais disposés à régler leur contentieux. La Libye imposerait néanmoins deux conditions: la Suisse doit renoncer à ses restrictions de visas à l’égard des Libyens; elle doit ouvrir une enquête sur la publication dans la Tribune de Genève des photos de police d’Hannibal Kadhafi.
Or une enquête a déjà été ouverte par le procureur genevois, Daniel Zappelli. De plus, l’Etat libyen a déposé une plainte contre le quotidien genevois et un journaliste de la rédaction pour la publication des clichés, et contre l’Etat de Genève pour avoir permis la fuite des documents.

Berne maintient les restrictions sur les visas
Au Département fédéral des affaires étrangères, seule la rencontre de Madrid est confirmée. Pour le reste, on souligne que «la Suisse s’est toujours efforcée de trouver une solution diplomatique». Formule par laquelle Berne montre sa détermination. Un haut fonctionnaire rappelle aussi que les seuls vrais otages de cette affaire sont deux Suisses retenus à Tripoli depuis l’été 2008. La stratégie est claire: ne rien céder avant que Max Göldi et Rachid Hamdani soient de retour.

D’ailleurs, le porte-parole du Conseil fédéral a souligné hier que la Suisse poursuivrait sa politique restrictive en matière de visas avec la Libye.


La colère suisse met Paris dans l’embarras

Au quai d’Orsay, siège du Ministère français des affaires étrangères, les diplomates se montrent fort étonnés par la colère exprimée en Suisse après les déclarations de Bernard Kouchner mardi soir, devant les caméras de la TSR.

La France devrait-elle se montrer plus solidaire de la Suisse? interrogeait alors un journaliste. «La Suisse, membre de l’Union européenne?» se gausse Kouchner, avant de reprocher à la Suisse sa politique restrictive dans l’octroi de visas valables pour l’Espace Schengen à l’égard de 188 Libyens, dont Kadhafi. Le ministre parle même de la «prise d’otages» que la Suisse commettrait envers les autres pays de l’Espace Schengen, ceux-ci ayant été à leur tour privés de visas par Tripoli. Un mot pour le moins malheureux, la Libye retenant deux Suisses en… otages!

Hier, notre interlocuteur au quai d’Orsay – qui ne veut pas être cité – s’est montré plutôt embarrassé devant l’indignation helvétique; à l’entendre, les propos de Kouchner ont été «sortis de leur contexte». Le diplomate répète ensuite la position officielle de la France. Paris demande des «éclaircissements» à la Libye, qui a refoulé des Français et d’autres Européens pourtant porteurs de visas. La déclaration ne mentionne pas la Suisse et se contente d’affirmer que la France soutient les efforts de la présidence espagnole de l’Union européenne, en vue de régler le «différend bilatéral» entre Berne et Tripoli.

Jean-Noël Cuénod

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