Alors que la question de l’engagement d’une jeune journaliste portant un foulard islamique (lire nos éditions de la semaine dernière) agite la direction de notre service public audiovisuel (SSR), les autres entreprises en main de la Confédération – comme les CFF, Swisscom, La?Poste ou Skyguide – n’ont pas élaboré de directives particulières, selon la SonntagsZeitung d’hier, sauf en cas de contacts avec la clientèle. Par exemple, chez Swisscom, la question des prières quotidiennes pour les musulmans est réglée de manière pragmatique, au cas par cas.
Et qu’en est-il des débats dans les autres pays? Coup de projecteurs avec nos correspondants en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Espagne.
FRANCE Au pays de la laïcité reine, la question ne se pose pas!
Dans un Etat où la laïcité est un dogme républicain, le jour où une journaliste voilée célébrera la «grand-messe» du 20?heures en France n’est pas arrivé. Les chaînes ont-elles adopté des directives à ce propos? «A France Télévisions, la règle est de ne pas arborer les signes ostentatoires d’une pratique religieuse. A vrai dire, le problème ne s’est jamais posé dans les chaînes publiques françaises», nous répond une consœur de France 3.
Même discours à TF1 (chaîne privée). Mais le Conseil supérieur de l’audiovisuel reste muet. Si les téléspectateurs français apercevaient sur leurs écrans une présentatrice en hijab, gageons que l’écrasante majorité d’entre eux protesterait avec véhémence. Ainsi, lorsque la journaliste vedette de TF1, Laurence Ferrari, avait interviewé, voilée, le dictateur iranien Ahmadinejad en juin, elle avait dû affronter un tollé de protestations au sein même de sa rédaction. Même si le port du voile islamique est obligatoire en Iran. (J.-N. C.)
ALLEMAGNE L’école, et non les médias, au centre des discussions
La question du foulard est débattue en Allemagne depuis une quinzaine d’années et concerne essentiellement l’école et l’université. Elle a évidemment été remise sur le devant de la scène par la sortie du livre L’Allemagne se liquide elle même, de Thilo Sarrazin (vendu aujourd’hui à 1,2 million d’exemplaires), qui met en garde ses concitoyens contre l’islamisation du pays…
Le port du foulard est autorisé en général pour les élèves, interdit pour les enseignantes dans les écoles – sauf dans le privé. Des femmes peuvent cependant porter le foulard dans des établissements publics. Le cas d’Elif Saat (36?ans), attachée financière de la Banque postale de Duisburg (Rhénanie du nord), est un exemple connu. Ayten Kilicar (45?ans) est la première femme désignée à la direction des autorités religieuses turques outre-Rhin. Cette pédagogue revendique le droit de porter le foulard pour les femmes dans l’ensemble des professions. (M. Vr)
ANGLETERRE Une croix qui ne doit être ni «grande» ni «brillante»
Personne sur le réseau de télévision publique ne porte de voile à l’antenne. En 2006, Mark Thompson, président de la BBC, toujours en place, avait précisé que «nous ne croyons pas qu’il soit approprié pour une présentatrice de porter un voile sur le visage, pas parce que cela favoriserait une religion, mais parce que cela dérangerait la présentation des informations.»
Il n’a jamais précisé si le port du hijab, qui ne cache que les cheveux, était interdit. Un débat avait eu lieu en 2006 sur le port d’une croix par une présen-tatrice, ce qui avait finalement été autorisé tant qu’elle n’était pas «grande et brillante». A l’école, il n’existe pas d’inter-diction du port du voile, mais suite à des procès retentissants, les écoles ont des directives.
Le principal procès concerne le licenciement d’Aishah Azmi, une professeure qui refusait d’enlever son niqab (couvrant le visage sauf les yeux); elle a ensuite perdu son procès en appel. Les écoles peuvent interdire le port du voile. (T. d. B.)
ESPAGNE En terres très catholiques, la laïcité ne séduit pas
La question du port du voile par une journaliste de la radio ou de la télévision publique n’est pas à l’ordre du jour en Espagne. L’émigration est un phénomène encore récent et le pays n’est une terre d’accueil que depuis une dizaine d’années. Parmi les premiers arrivants, des Marocains.
La question du voile a commencé à se poser il y a peu, les gens s’interrogeant sur les débats français ou suisses. Dans la foulée, deux villages catalans ont interdit le port de la burqa dans les espaces publics. Des cas ponctuels à la légalité douteuse.
Pour les Espagnols, la question de la laïcité et des symboles religieux a été jusqu’ici davantage liée à l’Eglise catholique qu’à l’islam. Le gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero a ainsi voulu mettre fin au traitement de faveur de l’Eglise catholique, et affirmer la laïcité de l’Etat.
Il a renoncé à son projet de «loi sur la liberté de religion et de conscience» en 2010, faute de consensus. (C. Th.)