Le choc. Et tant de questions sans réponse. Hier, à la surprise des initiants eux-mêmes, les Suisses ont dit oui à 57,47% à l’interdiction des minarets. Seuls quatre cantons ont dit non, dont le canton de Vaud, 53%. Une seule certitude après cette gifle aux élites politique et médiatique: aux yeux des citoyens, l’islam pose problème. Mais comment la Suisse doit-elle s’y attaquer?
Par l’intégration, dit avec force Ada Marra. La conseillère nationale socialiste appelle l’UDC à prendre ses responsabilités. «Elle a fait le débat, mais elle ne propose rien. Le PS a proposé les cours de langue, les CV anonymes – parce que l’intégration passe par le travail –, la formation des imams, c’est d’ailleurs le radical Hugues Hiltpold qui l’a demandée… Le problème, c’est que le parlement nous a toujours tout refusé.» La socialiste souligne que les règles existent déjà: «On ne l’a peut-être pas assez dit, mais le Tribunal fédéral a tranché: les filles musulmanes doivent aller à la piscine.»
La droite durcit le ton
L’intégration est dans toutes les bouches. Mais hier le discours des politiques s’est radicalisé en l’espace de quelques heures. Pendant la campagne, c’est l’image d’un islam souriant qui avait été mis en exergue par tous. Aujourd’hui, à l’aune de la peur exprimée, c’est un autre islam qui est analysé. «Le message du Conseil fédéral doit être clair. La charia n’a pas sa place en Suisse, affirme le président du PDC Christophe Darbellay. Toutes les formes de discriminations envers les femmes doivent être bannies. Il ne doit y avoir aucune exception à la scolarité obligatoire, aux cours de religion et de sport – inclu la natation pour les filles.»
Les libéraux-radicaux, par la voix du Genevois Hugues Hiltpold, tiennent, à quelques nuances près, un discours taillé dans la même étoffe de la tolérance zéro envers les fondamentalismes. «Nous avons pris la mesure de la peur de la population, formule-t-il. Mais la transparence religieuse doit être faite vis-à-vis de tous les mouvements religieux. Le seul grand accident religieux connu en Suisse fut le fait de l’Ordre du temple solaire. Et cela n’a rien à voir avec l’islam.»
Vainqueur du jour, l’UDC Yvan Perrin relativise. «Les gens n’ont pas dit non à l’islam, mais oui à d’autres valeurs. Mais les accommodements raisonnables, c’est fini.» C’est donc autant les craintes des extrémistes que les petits faits de société – comme le port du voile – qui doivent être contrôlés. Contre toute attente, l’islamologue Stéphane Lathion ne dit pas autre chose. Il attend des musulmans de Suisse une réaction positive: «Il ne faut surtout pas qu’ils soient dans le rejet et la victimisation. Nous ne pouvons nous permettre d’être dans la méfiance réciproque et les peurs parallèles.»
Gare à la suspicion
Pour Hafid Ouardiri, le coup est tout de même rude. «Comme si 42?ans de vie en Suisse étaient remis en cause. Ma Suisse a perdu…» glisse le Genevois, qui attend que les autorités se remettent en question comme le font les musulmans. «Nous sommes tristes. Mais nous allons survivre et démontrer que nous respectons les valeurs de la Suisse. Il est hors de question que nous vivions avec le poids de la suspicion permanente.»
«Je ne sais comment m’adresser à ces gens qui ont peur…»
Pourquoi personne n’a-t-il rien vu venir? La question était hier dans tous les esprits. Le président du Groupe de recherche sur l’islam, Stéphane Lathion, pointe clairement le problème. «Dès le départ, il y a eu une négation de la peur de la population, à laquelle s’est même ajoutée une forme de mépris. Celui qui exprimait sa peur risquait d’être taxé de raciste, sinon de stupide!»
Ce discours, Stéphane Lathion l’aurait tenu aussi en cas de refus de l’initiative. Le choc du résultat ne fait qu’accentuer son sentiment que le débat n’a pas osé dire le sentiment qui affleurait dans les discussions des élus sur le terrain. «C’est émotionnel», revient comme un leitmotiv dans la bouche des élus, dont le radical genevois Hugues Hiltpold. «Les tripes ont parlé! Il y a une peur diffuse de tous les fondamentalismes», avance Christophe Darbellay. Le Vert genevois Antonio Hodgers, lui, se dit «désemparé. Je pose mon constat d’impuissance. Comme élu, je ne sais comment m’adresser à ces gens qui ont peur.»
«Excès de confiance des élus!» disent en chœur Hasni Abidi et Hafid Ouardiri. Ces deux représentants de la communauté musulmane laïque soulignent la solidarité exprimée pendant la campagne, mais constatent le décalage. «Face à un discours de propagande de l’UDC, les autres partis n’ont pas compris qu’il fallait parler fort et clair», analyse Hasni Abidi. «Ils n’ont pas su voir que la peur mobilise et qu’elle est mauvaise conseillère», glisse Hafid Ouardiri.
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