RÉVÉLATIONS

Produits bio, la vérité qui dérange

Par ANNICK CHEVILLOT le 26.09.2009 à 00:04

Roland Charrière, directeur suppléant de l’Office fédéral de la santé publique, met les pieds dans le plat: en Suisse, les produits bio ne sont ni plus sains ni plus sûrs que les autres.

«Les aliments produits dans des conditions proches de la nature ne sont ni plus sains ni plus sûrs que les aliments issus d’une production conventionnelle.» Roland Charrière, directeur suppléant de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), assène une vérité qui dérange aux membres de la Société suisse de nutrition. Tous réunis le 17 septembre à Berne pour leurs assises nationales.

L’incrédulité est quasi générale. Le murmure enfle dans l’auditoire comble. Roland Charrière poursuit en s’appuyant sur une étude britannique récente, ainsi que sur les nombreuses conclusions de recherches menées par l’OFSP et l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG).

«Certaines idées reçues, quand il ne s’agit pas carrément d’erreurs de jugement, sont encore bien ancrées dans la population», ajoute-t-il. Ces erreurs, précisément, c’est de croire que le bio est meilleur; c’est de croire que manger bio revient obligatoirement à faire un geste pour l’environnement.

Les membres de l’assemblée n’en peuvent plus. Les mains se lèvent, le débat enfle: «Mais comment osez-vous dire cela publiquement?»?–?«C’est?faux!»?– «On sait bien que la production biologique permet de préserver les sols de produits phytosanitaires dangereux!»?–?«Les produits bio ne contiennent pas d’additifs!»

Standard de qualité élevé
L’énormité lâchée par Roland Charrière devant ce parterre de spécialistes de la nutrition casse un mythe. Celui du bon et gentil aliment bio contre le mauvais et méchant aliment conventionnel. Non seulement les deux méthodes de production aboutissent à des fruits et légumes équivalents d’un point de vue nutritionnel, mais elles sont toutes deux pensées pour être écologiquement durables. Du moins dans notre pays: «Les denrées alimentaires produites en Suisse répondent à un standard de qualité élevé et sont le résultat de la volonté de la Confédération d’imposer une production écologiquement durable, affirme Christine Müller, collaboratrice scientifique à l’OFAG. L’obtention des paiements directs est de facto subordonnée au respect des prestations écologiques requises (PER).» La jeune ingénieure en sciences alimentaires a également provoqué l’incrédulité de l’assemblée bernoise la semaine passée. Pourtant, elle a juste remis en mémoire la politique agricole voulue et imposée par l’Etat. Les PER requises par la loi servent à promouvoir la diversité des espèces naturelles, la protection du sol et des eaux et l’élevage respectueux de l’espèce. «En Suisse, 98% des paysans répondent à ces prestations», lance-t-elle encore.

Le bio ne sert à rien?
Alors quoi? Le bourgeon ne sert à rien? «Si, avance Christine Müller. Il sert à certifier les principes de l’agriculture biologique, qui sont les suivants: cycle d’exploitation fermé, élevage respectueux de l’espèce, protection des végétaux, fertilité des sols, équilibre nutritionnel (apport d’engrais), renonciation à la technologie génétique et à l’irradiation. Lors de la transformation de ces denrées, on renonce aux additifs inutiles.»

«Mais, là aussi, on stigmatise les additifs, poursuit Roland Charrière, alors qu’ils font partie des substances les mieux étudiées de notre alimentation et qu’ils sont présents en quantités infimes. De plus, il faut que la population soit enfin consciente qu’elle court beaucoup plus de risques à oublier de manger des fruits et des légumes régulièrement. Sans compter qu’avaler quotidiennement 4000 calories bio ou pas bio ne préserve pas de l’obésité!»

Face aux salves conjointes des représentants de ces deux offices fédéraux, une nutritionniste dans la salle ose enfin poser la question qui démange le bout de la langue: «Alors, dorénavant, je dois conseiller quoi à mes patients et je dois acheter quoi dans les magasins?»

Avec la montée du bio – rien qu’entre 2008 et 2009, le chiffre d’affaires de ces produits a grimpé de 11,2% – et l’explosion du segment dans les grandes surfaces (Coop détient 50% du marché bio en Suisse et Migros 24%), on se triture les méninges devant un cervelas arborant fièrement un bourgeon sur son emballage plastique... Petit élément de réponse savoureux: une asperge bio produite à l’autre bout du monde et transportée par avion en Suisse pollue beaucoup plus qu’une asperge conventionnelle ayant vu le jour en Valais et dégustée dans le Chablais. Mais il faut évidemment la manger au printemps!

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