Lorsqu'il raconte sa mésaventure, Cédric Genoud s'efforce d'être le plus précis possible. "Au début de la journée, je me suis dit que faire du hors-piste n'était pas la meilleure idée du monde. Mais quand je suis arrivé sur le secteur des Arpilles, j'ai vu un plan de poudreuse sans trace. J'ai d'abord testé sur la face nord et ça tenait. Mais quand je suis me suis arrêté sur un plan ensoleillé, il a lâché."
Alors qu'il est pris dans la coulée "qui ne lui semble pas monstrueuse", Cédric essaie de résister. Pas longtemps. Quand ça s'est arrêté, il sait dans quelle position il est: face contre le sol. "Je me suis dit: ce n'est pas possible, ce n'est pas réel." Il essaie de bouger pour s'en sortir, mais il est coincé. "J'avais l'impression d'être dans un sarcophage." Seule solution: bouger la tête et tasser la neige avec son casque. Un geste qui lui sauve la vie.
La première prière
L'obscurité tombe. "Je me suis dit que j'allais y rester encore longtemps." Pendant la nuit, il s'empêche de dormir. Continue de taper la tête pour se faire des poches d'air. Essaie d'appeler. Et se met à penser à sa famille. "C'est la première fois que je faisais cela, mais je me suis mis à faire des prières." Il espère même que des animaux viennent creuser autour de lui.
Lorsqu'il entend l'hélicoptère pour la première fois, il crie. Mais ils ne l'entendent pas. "Je me suis dit: il faut qu'ils reviennent, il faut qu'ils reviennent." Au second passage de la machine, le miraculé bouge la tête.
Au moment où les sauveteurs le dégagent, Cédric vit les minutes les plus formidables de sa vie.
Avec le recul, Cédric qualifie les risques qu'il a pris de "puérils et inconsidérés." Et lance à ceux qui se lancent dans des faces: "Ne skiez pas juste après qu'il ait neigé. Et tenez compte de ce qui est annoncé, des dangers d'avalanche et de ce que les personnes plus expérimentées vous disent."
"J'ai perdu mon mari il y a 5 ans. Déjà dans le val d'Hérens"
Aux côtés de son fils, Carole Genoud paraît sereine. D'une voix douce, elle témoigne de son calvaire. "Vous savez, j'ai perdu mon mari il y a cinq ans dans le val d’Hérens. Je ne pouvais pas imaginer perdre mon fils au même endroit que mon mari." Et pourtant, en véritable cartésienne, lorsqu'elle sait que son fils passe la nuit sous la neige, elle doute. Pour tenir le coup, elle appelle des amis toute la nuit. En France, en Espagne, aux Etats-Unis. Quand les sauveteurs lui annoncent qu'ils arrêtent les recherches, elle ne leur en veut pas. Elle sait que ce serait mettre la vie des secouristes en danger, et qu'ils ne voient rien.
Quelques heures plus tôt, à 18h, Cédric n'est toujours pas rentré. Elle lui laisse un message. "T'es entrain de faire la tournée des bars, tu bois des verres?" Il ne rappelle pas. Une amie à Evolène va voir si elle voit sa voiture. A 18h20, elle appelle Pierre-Alain Sierro, le responsable de la colonne de Secours d'Evolène. Le processus de sauvetage est déclenché…
Comme une renaissance
Au fil de ses explications, les larmes pointent dans les yeux de la maman. Les événements sont encore frais, l'émotion est encore poignante. "Quand on m'a annoncé qu'il était vivant, conscient et en légère hypothermie, j'ai d'abord embrassé tout le monde. Puis j'ai pleuré. C'est comme une renaissance, tout le monde n'a pas cette chance."
Durant la conférence de presse, une journaliste lui demande si elle va gronder son enfant. "Vous savez, des fois il n'y a rien besoin de dire, répond-elle toujours calmement. La vie s'en charge."
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