Il y a six mois, la plupart des politologues s’avouaient sceptiques: le Parti pirate allait faire long feu. Créée en juillet dernier par quelques jeunes férus d’informatique, la formation a pourtant les dents longues. Le 7 mars prochain, elle passera son premier test électoral à Winterthour (ZH). Quatre candidats espèrent conquérir l’un ou l’autre des soixante sièges du Conseil communal.
«Et ce n’est pas fini, lance Denis Simonet, informaticien de 24?ans et président du parti. Nous nous présenterons aussi le 28 mars à Berne pour les élections au Grand Conseil, et ainsi de suite jusqu’aux élections fédérales de 2011, durant lesquelles nous comptons décrocher un siège au Conseil national.» Ambitieux, le parti, dont le programme repose notamment sur la protection de la sphère privée sur internet, espère bien connaître le même succès que ses «grands frères» dans les pays européens.
En Suède, ces «corsaires» de l’ère numérique ont créé la sensation en juin 2009 en raflant 7,1% de voix aux élections européennes et en gagnant un siège au Parlement européen. En Allemagne, ils ont obtenu le septième meilleur score aux élections parlementaires de septembre. Des réussites qui ont dopé le mouvement. «Elles nous ont donné la motivation de tenter le coup en Suisse aussi», s’exclame Denis Simonet.
Peu de filles
Fort de 650 membres, essentiellement alémaniques, les pirates entendent «combler une lacune» dans la politique helvétique. «L’ère numérique et les problèmes qu’elle pose sont souvent mal abordés par les partis traditionnels, constate le président. Or ces domaines posent de plus en plus de questions.»
A mille lieues des préoccupations classiques, comme la réforme de l’AVS ou le dossier agricole, le parti se bat pour légaliser le partage de fichiers sur internet, supprimer la propriété intellectuelle et revoir à la baisse les droits d’auteur. Surfant sur l’actualité, il s’est récemment opposé aux scanners corporels dans les aéroports, qui ne sont «techniquement pas aboutis et violent la liberté personnelle».
Un programme qui attire surtout les jeunes… hommes. «Nous avons de la peine à recruter des filles», admet Pascal Gloor. Vice-président du parti et responsable de la section romande, cet informaticien du Jura bernois est candidat au Grand Conseil bernois et croit fermement en ses chances. «Les autres partis ont cessé de nous prendre pour des guignols», remarque-t-il. L’un d’eux est même prêt à s’allier avec les pirates.
Et peu de Romands
Les Verts libéraux ont récemment annoncé qu’ils allaient se présenter sur des listes communes pour les élections bernoises. Et Martin Bäumle, président du parti, n’exclut pas une collaboration pour les fédérales de 2011. «Le Parti pirate a quelques idées extrêmement libérales», apprécie-t-il dans le journal Sonntag.
«Reste à trouver un écho dans la population, conclut Pascal Gloor. Le plus difficile sera de nous faire connaître.» Et la tâche s’annonce particulièrement ardue en Suisse romande, où le Parti pirate ne compte qu’une cinquantaine de membres. D’ailleurs, aucun défi électoral n’y est pour l’instant prévu.