SERVICE PUBLIC

La Poste promet de ne pas fermer ses offices à tour de bras

Par Romain Clivaz, Berne le 16.04.2009 à 00:03

Les spéculations autour de fermetures de bureaux postaux ne cessent d’enfler. La nouvelle direction de La Poste passe à l’offensive et présente ses objectifs. Les syndicats promettent de juger sur pièce.

Depuis quelques semaines, les rumeurs de fermetures massives de bureaux de poste animent villes et campagnes. Rumeurs savamment entretenues par le Syndicat de la communication, dont un cadre affirmait récemment dans nos colonnes que la direction du géant jaune «vise à supprimer au final la moitié des offices». A cela se sont ajoutées des listes officieuses de bureaux menacés, nourrissant encore un peu plus la controverse. Plusieurs cantons ont ainsi demandé des explications. C’est pour mettre un terme à ces «spéculations» que La Poste est sortie du bois hier. Pour «clarifier la situation» selon sa porte-parole Nathalie Salamin.

Horizon 2011
Comment la Poste compte-t-elle s’y prendre pour trier le bon grain postal de l’ivraie? D’ici à fin 2011, ce sont 420 sites (100 en 2009, 160 en 2010, puis 160 en 2011) qui seront analysés. Objectif: déterminer la meilleure manière de fournir le service public. Soit sous forme d’un office classique, d’une agence (prestations réduites) intégrée par exemple dans une épicerie de village, ou encore avec la mise sur pied d’un service à domicile. Promesse faite hier, l’examen se fondera sur des critères aussi objectifs que possible comme la fréquentation ou les facilités d’accès.

Les communes n’ont pas été oubliées. Elles ont obtenu une garantie supplémentaire en cas de conflit: les simples recommandations de la Commission offices de poste, où siège notamment l’ancien conseiller d’Etat vaudois Philippe Biéler, seront désormais considérées comme contraignantes. Organe extraparlementaire, il peut être saisi si les autorités locales estiment que les lois ne sont pas respectées, lors d’une fermeture de bureau par exemple. La commune d’Etoy a ainsi obtenu gain de cause fin 2008, et l’abandon de l’office de poste au centre du village a été considéré comme illégal. Entre-temps un compromis a été trouvé.

Attentes syndicales
«Sans notre pression durant ces derniers mois, nous n’aurions jamais obtenu une telle transparence» claironne Alain Carrupt, président du Syndicat de la communication. Si le Valaisan juge positivement «une place plus importante accordée au service public dans le discours du nouveau président Claude Béglé», il promet toutefois de juger sur pièce. Quant à la prise en compte systématique des recommandations de la Commission office de poste, Alain Carrupt la salue, tout en espérant que la commission «se montrera plus critique envers les décisions du géant jaune que jusqu’ici». Du côté du syndicat d’origine chrétienne Transfair, qui, contrairement au Syndicat de la communication, ne s’oppose pas à la création d’agences postales, on insiste sur la nécessité d’instaurer un dialogue sur le terrain, «et non de planifier depuis un bureau à Berne».


 

 


 

CLAUDE BÉGLÉ,
NOUVEAU PRÉSIDENT DU CONSEIL D'ADMINISTRATION DE LA POSTE SUISSE

«Un réseau cher mais important»

«Pour une majorité de Suisses, le réseau a une grande signification, à juste titre. Son maintien coûte cher, si on se limite à un calcul économique. Mais le jeu en vaut la chandelle, car il incarne notre politique de proximité. Des ressources supplémentaires sont toutefois nécessaires pour compenser le déclin naturel de notre profit. Une licence bancaire, même «light», serait très utile. Quant à la nouvelle loi, elle doit nous laisser le maximum de possibilités de développement, aussi à l’étranger. La balle est ici dans le camp de nos élus fédéraux.»
 



Payer avec l’EC dans les agences

«La valorisation des agences postales.» C’est ainsi que La Poste a expliqué hier sa décision, à moyenne échéance, de permettre d’effectuer des versements dans les agences avec des cartes de débit non postales (EC ou Maestro). Aux 2,6 millions de cartes de PostFinance s’ajouteront donc 4,8 millions d’autres cartes. Des nouveaux terminaux seront par exemple installés dans les épiceries servant d’agences, dès l’an prochain.
 



ÉDITORIAL DE RON HOCHULI

Le service public vaut bien une banque

La Poste promet de ne pas fermer ses bureaux à tour de bras. Certes, elle analysera le sort de 420 offices, et ceux-ci peuvent dès lors être considérés comme menacés. Mais la nouvelle direction assure qu’elle mènera une évaluation transparente, et plaide de façon crédible pour le maintien d’un réseau dense, y voyant même un facteur de richesse et non plus seulement un mal nécessaire. Plus globalement, la volonté est affirmée de maintenir un service public solide, que celui-ci se matérialise par des offices, une «agence» chez l’épicier du coin ou par le service à domicile.

Un discours apaisant? Pas vraiment. Car la bataille se joue désormais moins dans les hautes sphères du géant jaune que sous la Coupole fédérale. Autour d’une question centrale: comment financer ce service public, en pleine libéralisation d’un marché postal toujours moins lucratif?

Outre le développement à moyen terme de ses activités à l’étranger, La Poste mise avant tout sur l’obtention d’une licence bancaire présentant de juteuses perspectives. Problème, les parlementaires n’en veulent pas. En théorie, ce refus est compréhensible. La présence d’un acteur étatique sur une place financière dont l’offre est pléthorique ne se justifie pas.

En réalité, l’opposition devient hypocrite. La Poste brasse déjà des sommes astronomiques confiées par les épargnants. Sa banque, si elle voit le jour, aurait des possibilités de crédit limitées. Et elle serait soumise à une surveillance au moins aussi étroite que les institutions privées.

Sauf recette miracle dont on peine pour l’heure à imaginer les contours, il s’agira donc de trancher entre deux principes: la non-intervention de l’Etat dans un secteur privé d’un côté. Et la sauvegarde d’une desserte postale raisonnable de l’autre. A considérer les enjeux, le maintien du service public vaut bien la création d’une banque.

 

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