«La stratégie de la direction de La Poste vise à supprimer au final la moitié des offices postaux actuels.» Vice-président du Syndicat de la communication, Didier Page se dit prêt à «parier sa culotte» sur les plans cachés du géant jaune. Des plans que ses troupes sont bien décidées à contrecarrer, avec l’aide des communes, de la population et des médias. Dimanche, l’hebdomadaire Sonntag.ch publiait ainsi la liste de 305 bureaux de poste qui risquent la fermeture. Rebelote mercredi: le syndicat révélait une nouvelle liste, forte cette fois de 1150 localités (sur les 2400 offices existants!) menacées de voir leur poste mettre la clé sous le paillasson.
Comment expliquer pareille inflation? A vrai dire, le Syndicat de la communication se livre à une partie de poker un brin menteur. La Poste a en effet annoncé qu’elle analysait 500 offices postaux. «Et quand elle dit analyser, elle veut dire fermer!» soutient Didier Page. L’entreprise refusant de préciser quelles succursales elle passe au crible, le syndicat a, par recoupement, établi deux listes: une liste noire de 305 offices, «des postes à l’ancienne, non reliées au réseau informatique de La Poste» qui seraient déjà condamnées, affirme Didier Page.
L’autre liste, celle des 1150, regroupe les 305 victimes désignées et quelque 850 autres bureaux de petite à moyenne importance. «Nous ne disons pas que tous ces offices vont fermer. Mais sur le nombre, 200 d’entre eux seront touchés», explique Didier Page.
«Beaucoup d’incertitudes»
«Les syndicats créent beaucoup d’incertitudes parmi la population et les autorités», regrette Nathalie Salamin, porte-parole de La Poste. A l’entendre, sur les 500 bureaux en cours d’analyse, seuls un tout petit nombre d'entre eux disparaîtront réellement. Les autres seront remplacés par le service à domicile ou transformés en agences postales – l’épicerie du village, l’Office du tourisme ou le café du coin vendant alors des timbres et enregistrant les paquets. Nathalie Salamin insiste: les autorités communales sont à chaque fois informées, et le service universel, dans les agences, demeure garanti. «Sauf que les paiements en liquide, qui font partie intégrante du service universel, n’y sont pas possibles», se plaint Didier Page.
Selon le vice-président du Syndicat de la communication, le modèle des agences postales cacherait en outre une restructuration drastique du réseau: «La Poste réalise 80% de son chiffre d’affaires dans ses 1000 plus grandes succursales, 17% dans les 1000 suivantes, et 3% dans les plus petites. La stratégie de sa direction, qui agit en fonction d’une pure logique d’entreprise, est de fermer ces dernières, et de transformer la deuxième catégorie en agences postales», accuse Didier Page. «Pas du tout, réplique Nathalie Salamin. Ce serait politiquement impossible, car La Poste fait partie du patrimoine national.»
Dans son combat, le syndicat s’est peut-être trouvé un allié en la personne du Vaudois Claude Béglé. Le nouveau président du conseil d’administration de La Poste se dit personnellement partisan du maintien d’un réseau postal dense.
Entretenir le réseau
Agréablement surpris, Didier Page attend qu’il passe maintenant des paroles aux actes. «Mais M. Béglé dit aussi qu’il ne veut pas d’un réseau bétonné, souligne de son côté Nathalie Salamin. Or, transformer une poste en agence, c’est entretenir le réseau. Le syndicat défend les places de travail, c’est son rôle. Mais il n’a pas la vue sur les clients.»
La liste des offices menacés de fermeture, selon le syndicat, est disponible à l’adresse www.syndicom.ch