LA POSTE

Nouveaux tirs nourris sur le Vaudois Claude Béglé

Par ROMAIN CLIVAZ le 18.01.2010 à 00:02

Après les conditions de son recrutement, ce sont les activités annexes du président du conseil d’administration qui créent la polémique. Moritz Leuenberger exige des éclaircissements. La pression politique monte.

Les dimanches de Claude Béglé se suivent et se ressemblent. Et ce ne sont certainement pas les plus agréables de sa longue et internationale carrière professionnelle. La semaine dernière, les détails du recrutement du géant de Pully créaient une polémique rapidement dégonflée par le ministre de tutelle Moritz Leuenberger (PS) en personne. Hier, de nombreux journaux dominicaux sont revenus sur les activités annexes au mandat présidentiel de Claude Béglé. En particulier au sein d’une société indienne d’investissements et de développement de projets, de début à mi-2009.

Explications exigées
Le Vaudois était au bénéfice d’un contrat de consultant pour un taux d’occupation de 75%, selon le SonntagsBlick et la SonntagsZeitung. Or il était aussi membre du conseil d’administration de La Poste à 40% depuis octobre 2008, puis à 50% lorsqu’il en a pris la présidence en avril 2009. Bien que des activités annexes soient autorisées par la Confédération, l’addition de ces pensums pose la question de l’exercice d’un double mandat durant plusieurs mois. A cela s’ajoute un autre détail qui pourrait s’avérer politiquement problématique. Le versement d’une partie des indemnités de consultant en Inde aurait été effectué à Dubaï, soit dans une zone fiscalement avantageuse.

Si Claude Béglé n’était pas atteignable hier pour une prise de position, Moritz Leuenberger, son ministre de tutelle, a exigé des explications. «Si nous savions que le président avait des activités en Inde, et qu’elles n’ont pas été jugées contraires aux intérêts de La Poste, nous n’en connaissions pas les détails», confirme Harald Hammel, porte-parole du Département des transports et de la communication (DETEC). Claude Béglé est donc prié de fournir des précisions. C’est le groupe de travail chargé d’examiner le fonctionnement du conseil d’administration, suite à plusieurs démissions, qui les recueillera.

Dirigé par le secrétaire général du DETEC, Hans Werder, ainsi que par le directeur de l’administration fédérale des finances, Peter Siegenthaler, ce cénacle a d’ailleurs déjà commencé à enquêter. Or, selon la SonntagsZeitung , ce travail révèle qu’un front interne pourrait également s’ouvrir. Les premiers cadres du géant jaune auditionnés se seraient tous exprimés «pour un avenir sans Béglé». Sachant que les résultats de cette investigation serviront à préparer la composition de la nouvelle équipe dirigeante ce printemps, présidence comprise, un rejet interne ne contribuerait pas à augmenter les chances de maintien du président.

Démission demandée
Sous la Coupole, la pression pour plus de transparence dans les mandats présidentiels se fait croissante. Le conseiller national argovien Ulrich Giezendanner (UDC) va même jusqu’à demander la démission de Claude Béglé. Son collègue de la Commission des transports Jean-René Germanier (PLR/VS) en appelle au calme: «Gardons la tête froide. Nous siégeons lundi prochain et nous aurons alors des auditions, notamment avec le président du conseil d’administration, pour obtenir plus d’explications. Nous évoquerons à ce moment plus généralement les questions liées à la gouvernance de l’entreprise postale.»

Pas sûr que cet appel au calme soit entendu. Les attaques médiatiques semblent en effet porter leurs fruits, les élus montrant toujours plus d’irritation à l’évocation de ce dossier. Dans ce climat ultratendu, le soutien que Moritz Leuenberger apportera à son poulain sera également décisif.

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