Nicolas Hayek avait remis la direction générale de Swatch Group, le numéro un mondial de l'horlogerie, à son fils Nick en 2003. L'homme au cigare restait cependant toujours bien présent, installé dans le fauteuil de président du conseil d'administration.
Acteur incontournable de la scène médiatique comme économique, cet immigré libanais devenu milliardaire n'a jamais manifesté l'envie de quitter véritablement les affaires. Il paraissait peu probable que les décisions se prennent sans son assentiment.
Entrepreneur-artiste
L'ancien patron du Swatch Group aimait à se définir comme une sorte d'entrepreneur-artiste. Il estimait qu'un patron devait conserver la fantaisie de son enfance. Décoré de la Légion d'honneur et fait citoyen d'honneur de Bienne, Nicolas Hayek semblait prendre autant de plaisir à être parmi les grands de ce monde qu'à s'émerveiller devant le travail d'un horloger.
Né à Beyrouth en 1928, émigré en France en 1940, puis en Suisse en 1949, l'homme qui obtiendra la nationalité suisse dirigera dès les années 50 des sociétés. C'est en 1985 qu'il prendra le contrôle de la Société suisse de microélectronique et d'horlogerie, ancêtre du Swatch Group qui comprend de nombreuses marques comme Swatch, Omega, Tissot, Longines et Breguet.
Liens avec Bienne
Pour beaucoup, le nom de Bienne restera indissociable de celui du patron du Swatch Group. L'implantation des différentes marques du groupe dans la ville bilingue ont permis la création de plusieurs milliers d'emplois. Une présence qui a permis à Bienne de se profiler comme la capitale mondiale de l'horlogerie.
L'ancien président et délégué du conseil d'administration de Swatch Group aura plus globalement contribué à l'essor et à la stabilité économique de l'Arc jurassien. Durant la crise économique actuelle, ce capitaine d'industrie au caractère bien trempé a exhorté les entrepreneurs à vaincre les obstacles et à se surpasser.
Coups de gueule
S'il se plaisait à faire l'éloge de l'entrepreneur, de l'ouvrier, du créateur, l'homme aux cigares ne mâchait en revanche pas ses mots lorsqu'il s'agissait de dénoncer le milieu de la finance. Il fustigeait «des banquiers crétins et malhonnêtes» qui ont utilisé l'argent pour spéculer ou s'offrir des bonus exorbitants.
Déjà dans les années 90, Nicolas Hayek n'avait pas hésité à lancer des coups de gueules contre la politique menée alors par la Banque nationale suisse (BNS) jugée hostile aux exportations. Récemment, il s'est engagé aux côtés de Christoph Blocher et du président du PS Christian Levrat pour un redimensionnement de l'UBS et du Credit Suisse.
Intuition
L'homme du Swatch Group, célèbre aussi pour ses multiples montres portés simultanément, est visionnaire dans d'autres domaines que l'horlogerie. Ce personnage qui marchait également à l'intuition s'est engagé pour le développement d'une voiture écologique propulsée avec des piles à combustible.
Mais bien auparavant déjà, il rêvait d'une voiture propre. Dans les années 90, il lance l'idée de la Swatchmobile. Le projet de voiture écologique version Hayek ne verra finalement jamais le jour. Il donnera naissance à la Smart, modèle au succès très mitigé de DaimlerChrysler.
Expo. 02
Lors de chaque crise, Nicolas Hayek est l'un des premiers experts consultés par la presse ou auquel l'on fait appel. Alors que le projet d'exposition nationale Expo 01, devenu finalement Expo.02, prenait l'eau avant d'avoir été lancé, c'est lui qui avait dressé le rapport de faisabilité de la fin des années 90.
Durant sa vie, Nicolas Hayek a toujours voulu privilégier l'homme plutôt que l'argent. Dans un entretien accordé il y a une année au magazine français «L'Express», Nicolas Hayek disait «Rien n'est impossible, sauf d'éviter la mort ... et les impôts».