La société «risque zéro» va-t-elle trop loin? L’obligation de transporter les enfants de moins de 12?ans (contre 7 auparavant) dans des sièges adaptés complique le recours aux taxis. Surtout pour les familles. Dans sa séance d’hier, le Conseil national a décidé d’assouplir la loi pour les zones urbaines et touristiques. Histoire que les parents déjà partagés entre bagages et progéniture – et qui ont le malheur de ne pas se promener avec un dispositif d’attache – ne restent plus sur le trottoir.
Fronde romande
«Cela m’est arrivé», admet Carlo Sommaruga (PS/GE), père d’enfants en bas âge. Sensibilisé à cette cause, le conseiller national avait déposé une première initiative parlementaire demandant une exception pour les taxis.
Ce problème «discriminatoire pour les familles» a suscité un grand écho en Suisse romande, où les médias ont largement relayé les prises de position. Mais également au niveau politique.
Souhaitant obtenir au plus vite un assouplissement, la commission des transports du Conseil national a déposé une motion. Laissant ainsi l’initiative Sommaruga en suspens. Le texte demande des dérogations pour les taxis, dans des périmètres que les cantons devront définir.
«En Suisse, il n’y a jamais eu d’accident où un enfant aurait été blessé dans un taxi», a appuyé Jacqueline Fehr, rapporteuse (PS/ZH). «C’est une question de bon sens», estimait Olivier Français, rapporteur (PLR/VD).
Doris Leuthard ferme
Face à ce pragmatisme, le Conseil fédéral a déclaré rester attaché à la sûreté des enfants. «Lorsqu’il s’agit de sécurité, le transport professionnel de personnes doit être plus exigeant», a martelé Doris Leuthard. Et la cheffe du Département fédéral des transports de brandir un petit rehausseur qui passe «même dans la boîte à gants».
Mais cette exposition n’a pas eu l’effet escompté. Malgré l’insistance de l’exécutif, la motion a été ratifiée à une large majorité: 148 contre 10 refus.
Réactions soulagées
Parmi les professionnels de la branche, certains croisent les doigts. «Cela réglerait 95% de nos problèmes», assure Christian Bifrare, directeur de Taxis Services, basés à Lausanne. Trop souvent, les familles se retrouvent dispersées entre plusieurs véhicules.
Du côté de Genève, nombre de conducteurs espèrent voir leur calvaire finir. A l’instar d’Anne-Marie Thomas-Bugnon. «Les gens arrivent à l’aéroport et, forcément, ils n’ont pas de siège. Alors il faut aller en chercher à la caisse du parking et faire la queue. Pendant ce temps, le compteur tourne…», explique la chauffeure de taxi.
Courant mai, le Conseil des Etats prendra position sur la motion. Le cas échéant, l’initiative parlementaire pourrait ressurgir.