Est-ce la dégustation de petite arvine, d’humagne rouge et de malvoisie qui a désinhibé le Conseil fédéral? Très critiqué pour sa discrétion ces dernières semaines, le gouvernement a frappé un grand coup, hier, à l’occasion de sa séance au Château Mercier, sur le splendide coteau sierrois (lire ci-dessous). Les sept Sages ont décidé de débourser 2?milliards de francs pour combattre les effets négatifs du franc fort. «Détrompez-vous, ils ont pris cette décision avant la dégustation», rassurait, le sourire en coin, le porte-parole André Simonazzi. La conférence de presse a eu lieu en fin de journée à Berne.
Le Conseil fédéral compte soutenir l’industrie d’exportation, le tourisme, l’innovation-recherche, les infrastructures et les consommateurs. Un plan d’action dont les grandes lignes étaient annoncées hier, en exclusivité, dans ces colonnes. L’excédent attendu des comptes 2011 permettra de financer le tout. Prudent, le gouvernement a simultanément annoncé des mesures destinées à prévenir une éventuelle surchauffe du marché hypothécaire, un effet indésirable possible de la politique monétaire offensive de la Banque nationale. Une politique que le collège «soutient».
Agenda serré
Concrètement, l’exécutif n’a pas encore dévoilé toutes ses cartes, et encore moins la répartition entre les différents secteurs. Il a par contre officialisé un agenda très serré. D’ici à la session d’automne, un message contenant l’ensemble des mesures sera présenté au parlement. C’est une «task force», soit un groupe de travail en langage fédéral, qui est chargé de ficeler le projet. Sachant que l’Assemblée fédérale se réunira dès le 12 septembre, ni l’administration ni les commissions parlementaires ne risquent le chômage technique.
Si le détail des mesures n’est pas encore connu, l’esprit l’est. Ainsi en matière de soutien au tourisme, des moyens supplémentaires seront probablement dégagés pour la promotion de la destination suisse, via Suisse Tourisme. Dans le domaine de l’innovation, c’est la Commission pour la technologie et l’innovation qui devrait toucher le gros lot. Elle est notamment chargée d’encourager la recherche dans les entreprises.
La piste de l’allégement des charges des entreprises semble également avoir été retenue. Cela passerait par une réduction temporaire des contributions des exportateurs et des hôteliers aux assurances vieillesse, invalidité et perte de gain. Johann Schneider-Ammann a reconnu «qu’il sera difficile de délimiter qui pourra ou non en bénéficier. C’est une des missions de la task force de définir les critères.»
Deux institutions seront également renforcées. Monsieur Prix, Stefan Meierhans, obtiendra quatre postes supplémentaires. Même augmentation d’effectif du côté de la Commission de la concurrence, avec en plus une révision de la mal nommée loi sur les cartels. Objectif: mieux contrôler la répercussion des avantages de change et combattre les ententes. Qu’elles soient horizontales, par exemple entre concurrents dans la téléphonie, mais aussi verticales, entre fournisseurs et distributeurs.
Un signal fort
En charge du dossier avec sa collègue du Département des finances Eveline Widmer-Schlumpf (PBD), Johann Schneider-Ammann s’est montré à l’aise hier, soulignant le sérieux de la situation. Mais un libéral n’a-t-il pas mal au moment d’injecter 2?milliards de franc dans l’économie? «Non. Nous sommes dans une situation très particulière, qui risque bien de durer. Et à situation particulière, mesures particulières. Comme libéral, je peux parfaitement encaisser de telles mesures», a répliqué un ministre de l’Economie un peu contrarié.
Le Bernois s’est ensuite lancé dans un plaidoyer: «Et je vous dis une chose. Nous faisons une politique qui doit permettre le maintien de places de travail dans ce pays.» Evoquant un signal fort pour les entreprises, «que nous invitons à rester en Suisse et à y innover», l’ancien entrepreneur a conclu: «L’objectif est qu’au final nous ayons surmonté la crise sans suppressions démesurées d’emplois.»
Un bain de foule très décontracté en Valais
Le Conseil fédéral a tenu mercredi sa séance hebdomadaire à Sierre. Dans le district où est née la présidente, Micheline Calmy-Rey. La Genevoise a toujours affirmé qu’elle se sentait aussi proche du Valais que de Genève. En deux mois, elle aura réussi à déplacer ses collègues dans ses «cantons de cœur»: en juillet, le collège effectuait en effet sa sortie annuelle au bout du lac.
Une façon symbolique de «boucler la boucle» pour une ministre qui pourrait remettre sa démission en fin d’année? Il n’en a en tout cas pas été question hier. «Le Conseil fédéral s’est fait désirer», a lancé Micheline Calmy-Rey aux quelque 200?personnes qui attendaient les autorités à Sierre, à l’issue de la séance.
Le collège avait une heure de retard sur son programme. Les conseillers fédéraux ont traversé la cour de l’Hôtel de Ville, distribuant des poignées de main et prenant le temps d’échanger quelques mots avec les gens. «Il est important et utile d’avoir des rencontres comme aujourd’hui», dira la présidente. Les conseillers fédéraux sont restés une heure sur la place de l’Hôtel-de-Ville avant de poursuivre par un repas. «C’est la plus belle journée de l’été!» s’est exclamé Didier Burkhalter.
P.C. avec ATS
Les partis sceptiques et en attente
Satisfaction – le Conseil fédéral agit –, mais teintée d’une forte défiance. Telle est la synthèse des réactions des partis politiques à la décision du gouvernement. Ainsi, du côté de l’UDC, on se montre sceptique sur les effets du programme à long terme. Pour Martin Baltisser, secrétaire général de l’UDC Suisse, «c’est une solution à court terme, dont les résultats sont encore à démontrer. Nous allons demander un certain nombre de mesures. Réduire les impôts et baisser les coûts administratifs pour les entreprises, flexibiliser le marché du travail et stopper l’augmentation du prix des transports et de l’énergie seraient de nature à renforcer la place industrielle suisse à long terme.» Le président du PDC, Christophe Darbellay, pense qu’«il y a encore quelques raisons de se faire du souci. On annonce un groupe de travail pour décider des mesures, mais le Conseil fédéral avait tout l’été pour y réfléchir.» Le PDC salue néanmoins les dispositions permettant le renforcement de la Comco et de Monsieur?Prix, entre autres, qui devraient adoucir le climat de consommation. «Nous sommes le seul parti bourgeois à l’avoir demandé», souligne Christophe Darbellay.
Même son de cloche positif sur ce point de la part du PS. Mais le sénateur fribourgeois Alain Berset critique des mesures qui se concentrent uniquement sur les conséquences. «Il n’y a aucun tabou à passer par des aides directes aux secteurs en difficulté, mais, d’une part, il faudra veiller à ce que cet argent ne serve pas à sauvegarder des marges bénéficiaires dans des entreprises qui licencieraient. Et, d’autre part, le plan du Conseil fédéral n’articule aucun objectif d’amélioration structurelle.» A peine moins réservé, le PLR – parti de Johann Schneider-Ammann – pose quatre conditions à son soutien. Son président, Fulvio Pelli: «Deux milliards, c’est trop ou pas assez? Je ne me prononce pas, j’attends de connaître les mesures concrètes. Par contre, nous ne les appuierons que si le frein à l’endettement n’est pas violé, que les aides sont ciblées, qu’il n’y a pas de distorsion de la concurrence dans les domaines soutenus et qu’il n’y a pas de remise en cause des réformes structurelles en route, comme celle sur le taux de TVA.»
Du côté des secteurs soutenus, la satisfaction est de mise. Selon le directeur d’EconomieSuisse, Pascal Gentinetta, les 2?milliards de francs sont «acceptables et financièrement supportables». Le président de la Fédération suisse du Tourisme, Dominique de Buman, entend réunir tous les acteurs de la branche dès la semaine prochaine. «GastroSuisse, HotellerieSuisse, et d’autres, ont déjà communiqué leurs souhaits, c’est normal. Mais c’est l’occasion de serrer les rangs et de coordonner notre action. Il est exclu qu’on parte en ordre dispersé.» La Fédération romande des consommateurs, elle, se félicite des mesures avancées pour renforcer les autorités de régulation du marché. «Ce sont des conditions structurelles que nous demandons depuis des années. Nous nous battons pour que les Suisses cessent d’être arnaqués sur les produits importés», analyse la présidente Monika Dusong.
Xavier Alonso Berne
Avec Micheline pour résoudre le problème on peut être rassuré.
Petite Arvine, Humagne et Malvoisie... beau choix. Espérons que ça leur donne des ailes...! à nos zélus.