Micheline Calmy-Rey revient bredouille de Tripoli. Deux Suisses sont toujours retenus contre leur gré en Libye. «Les Libyens sont des durs à cuire», glisse-t-on à Berne. La conseillère fédérale a passé trois jours dans le pays, de mercredi à vendredi, pour un résultat diplomatique qui a «permis d’aboutir à des progrès significatifs», juge le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Egalement du périple, Lars Knuchel, chef de la communication du DFAE, a précisé que la conseillère fédérale genevoise s’est entretenue avec le premier ministre, le ministre des Affaires étrangères, et un représentant de la justice libyens.
Malgré tout, la déception est de mise du côté de la délégation suisse, selon des voix concordantes. Aucune date de libération n’est évidemment avancée. «Je ne peux pas me prononcer sur cette question», tranche Lars Knuchel. Et pourtant les observateurs n’écartent aucun scénario: ni l’issue rapide ni l’embourbement.
Signe positif souligné par tous, la présence du premier ministre et du ministre des Affaires étrangères libyens côte à côte. Selon nos sources, le premier ministre modéré aimerait régler le litige, tandis que le ministre des Affaires étrangères, qui conduit les pourparlers depuis le début, s’est arc-bouté dans l’intransigeance depuis le Forum de Davos. En effet, Micheline Calmy-Rey y avait rencontré l’un des fils Kadhafi, sans véritable légitimité. Les négociateurs libyens désignés s’en sont fâchés.
Mais ces hauts fonctionnaires ont-ils un poids face à la famille Kadhafi et au tout-puissant Muammar Kadhafi? Au-delà de l’amour-propre du clan Kadhafi, c’est davantage le désintérêt qui prédominerait. En ce moment, la Libye est plus préoccupée par son retour sur la scène internationale et notamment sa présidence de l’Union africaine.
Dans ce contexte, il s’agit désormais d’avancer avec prudence. Micheline Calmy-Rey aurait même souhaité garder le secret sur ce voyage. Mais les risques de fuite étant trop importants, le DFAE s’est résolu à communiquer. D’une part à cause de l’avarie de l’avion suisse jeudi soir sur le tarmac de Tripoli – Micheline Calmy-Rey a donc raté la séance du Conseil fédéral d’hier – et surtout par la présence des deux épouses des otages retenus en Libye depuis le 19 juillet 2008. Le DFAE qualifie la situation des deux Suisses de «difficile».
Le réconfort des otages
L’un des otages, le Bernois Max Göldi (54?ans), tient bien le choc. C’est du moins les informations que sa famille donne dans la presse alémanique. Par contre, le deuxième otage, un Vaudois de 68?ans, dont la famille veut garder l’anonymat, vit cette «captivité» forcée à l’ambassade de Suisse de manière douloureuse. Et notamment parce que l’homme est devenu deux fois grand-père durant ces déjà dix?mois de résidence forcée.
Les visites des épouses et celle de la ministre des Affaires étrangères ont néanmoins apporté du réconfort aux deux compagnons d’infortune, glissent des proches.
Pour mémoire, l’affaire Hannibal Kadhafi sera plaidée le 24 septembre prochain à Genève. En effet, plainte civile a été déposé par la Libye contre l’Etat de Genève. L’arrestation par la police genevoise d’Hannibal et d’Aline Kadhafi, dans leur hôtel en juillet 2008, a été jugée disproportionnée.