PÉNURIE

Mauvais élève du don d’organes, la Suisse veut se soigner

Par Laurent Grabet le 30.04.2009 à 00:02

Notre pays n’a jamais autant manqué de donneurs. Swisstransplant lance un comité national pour redresser la barre.

L’année passée en Suisse, 62?personnes sont mortes faute de don d’organe. Fin 2008, le pays comptait 942 malades en attente d’un organe. Ils sont aujourd’hui 110 de plus. Avec seulement 12 donneurs par million d’habitants, notre pays est le plus mauvais élève au niveau européen derrière la Grèce. Selon Swisstransplant, la situation n’a jamais été aussi alarmante. La Fondation nationale suisse pour le don et la transplantation d’organes présentait donc hier à Berne une batterie de mesures pour contrecarrer ce phénomène.

«Les Suisses sont pour le don d’organe mais en général n’en parlent pas avec leurs proches, car dans notre culture la mort reste un sujet tabou. Or dans notre pays, le consentement explicite de la personne est exigé pour prélever l’un de ses organes. Résultat: en cas de décès, en l’absence de carte et de choix clairement spécifié à des proches, on ne peut rien faire!» décode Trix Heberlein, présidente de Swisstransplant et ex-conseillère aux Etats zurichoise.

Sa fondation parie sur une meilleure mise en réseau. Depuis janvier dernier, les médecins de soins intensifs se sont organisés, en collaboration avec Swisstransplant, au sein du Comité national de don d’organes (CNDO) afin d’élaborer des standards internationaux et surtout d’optimiser la recherche de donneurs et leur suivi. Swisstransplant veut également aider les enfants à trouver un cœur grâce au site web européen www.childrenhearts.org.

La Suisse alémanique loin derrière!
«Insuffisant!» pour Philippe Morel, directeur chirurgical du Centre universitaire romand de transplantation et pourtant vice-président de Swisstransplant: «Il faudrait aussi contraindre les médecins à faire leur travail! Tant qu’il n’y aura pas d’obligation légale pour les soins intensifs et les urgences d’identifier les donneurs potentiels, on ne rattrapera pas notre retard sur l’Italie où le taux de donneur par million d’habitants est passé de 5 à 25 en seulement dix ans grâce à une telle mesure.» Selon lui, trop souvent en Suisse les médecins arrêtent le respirateur artificiel en cas de mort cérébrale au lieu d’entreprendre les démarches légales et médicales, «lourdes et humainement difficiles», pouvant transformer le défunt en véritable donneur. En Suisse alémanique, la situation est même pire avec seulement 7 donneurs par million d’habitant. Une étude du CNDO devrait d’ici peu trouver le pourquoi de cette disparité.

«Une meilleure organisation régionale pourrait à moyen terme arranger les choses», estime de son côté Manuel Pascual. Le chef du Service transplantation au CHUV et président de la Société suisse suisse de transplantation aimerait aussi que les campagnes concernant le don d’organes soient plus engagées. «Un jour ou l’autre, n’importe lequel d’entre nous peut avoir besoin d’un organe. Devenir donneur devrait donc être considéré comme un véritable devoir civique et de solidarité»
 


 

Devenir donneur, ?mode d’emploi

EN SUISSE, pour devenir donneur d’organe, l’idéal est d’en exprimer le consentement explicite en se dotant d’une carte de donneur de Swisstransplant. Toutes les personnes âgées de plus de 16?ans peuvent le faire.

Cette carte est disponible gratuitement en pharmacie, dans les cabinets médicaux ou les hôpitaux. On peut également la télécharger sur le site web www.swisstransplant.org. Il faut toujours l’avoir sur soi car il n’existe pas de registre central des donneurs et il ne peut s’écouler au maximum que de 6?à?24?heures entre le prélèvement d’un organe et sa greffe. La carte indique notamment quel(s) organe(s) son détenteur est prêt à donner ou s’il préfère déléguer cette délicate décision à un proche. Dans tous les cas, Swisstransplant insiste en effet: Il faut informer ses proches de ses choix en la matière. En effet, si on ne le fait pas et en l’absence de carte, ces derniers peuvent prendre une décision eux-mêmes en respectant la volonté présumée du défunt.

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