L'équipe suisse de football des moins de 17 ans est composée d'une majorité de jeunes issus de l'immigration. Après sa victoire retentissante en finale de la Coupe du monde, les partisans de la naturalisation facilitée se frottent les mains, même si la partie n'est pas gagnée.
Le titre remporté par les «Rougets», dont 13 des 21 sélectionnés possèdent la double nationalité, arrive pile au moment où le sujet refait surface. Un projet de naturalisation facilitée pour les étrangers de 3e génération vient d'être accepté par une commission du Conseil national. Il a été mis en consultation jusqu'au 15 février. Modification de la constitution oblige, le peuple devra se prononcer sur la nouvelle loi.
Version allégée
Cette fois-ci, les tenants d'une acquisition du passeport suisse plus facile pour les petits-enfants de migrants ont opté pour une version «light». Contrairement au texte rejeté à 51,6% des voix en votation populaire en 2004, ce projet ne prévoit pas d'automatisme. Les prétendants au sésame devront respecter une série de critères stricts.
Tous les grands partis sont pour, sauf l'UDC. Selon les démocrates du centre, le droit actuel est suffisant. Et la victoire des M17 ne fera pas plier le parti. «Nous ne voyons aucune raison pour changer notre position», souligne le secrétaire général de l'UDC Martin Baltisser. «Il ne faut pas mélanger les choses. Cette victoire donne une bonne image des ces jeunes issus de l'immigration, mais cela ne va pas modifier le débat sur la naturalisation facilitée», estime également le vice-président du parti Yvan Perrin.
Ouvrir les yeux du peuple
Les partisans, eux, ne doutent pas que les «Rougets» champions du monde apportent de l'eau à leur moulin. Si cette prouesse n'ouvre pas les yeux de certains politiciens, peut-être en sera-t-il autrement de la population, observe le président des Verts Ueli Leuenberger.
«Cette victoire montre quelle est la nouvelle réalité de la Suisse, un pays où beaucoup de cultures différentes sont intégrées et se battent avec fierté sous le drapeau rouge à croix blanche», ajoute le président du PLR Fulvio Pelli. Pour le président du PS Christian Levrat et la conseillère nationale Ada Marra (PS/VD), à l'origine du projet, le succès des «Rougets» met en lumière l'apport des migrants pour le pays.
De là à créer une dynamique capable d'avoir une influence en cas de votation? «Il ne faut pas s'attendre à une relation de cause à effet», répond Christian Levrat, qui estime cependant que l'évènement peut préparer le terrain pour une modification de la loi.
«Oui», juge de son côté Fulvio Pelli. Mais attention, nuance Ueli Leuenberger, il faut que les partis s'engagent. Une coalition homogène de la gauche au centre droit contre l'UDC est un aspect très important pour que le texte soit accepté par le peuple, abonde le politologue genevois Pascal Sciarini. Car si le titre des M17 peut servir comme argument de campagne, il ne suffira pas à lui seul.
Il ne faut pas sous-estimer l'impact d'événements sportifs sur l'identité nationale: ils peuvent avoir un effet politique, explique encore l'analyste. «Mais la victoire des moins de 17 ans ne peut avoir une influence durable que si elle est exploitée. Sinon, l'actualité reprendra le dessus et elle sera vite oubliée.»