MALI

La libération de l’otage a-t-elle été monnayée?

Par Ron Hochuli le 14.07.2009 à 00:02

A Berne, on jure n’avoir rien payé. Mais en Afrique, les rumeurs vont bon train.

Après les réjouissances, les questions. Dans quelles circonstances l’avocat zurichois Werner Greiner, retenu depuis janvier par Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), a-t-il été libéré ce week-end? Une rançon a-t-elle été versée? Dans l’immédiat, le président malien Amadou Toumani Touré, qui a reçu hier à Bamako l’ex-otage, semble s’octroyer les principaux mérites de la libération. Mais l’intervention d’autres acteurs n’est pas exclue.

Le quotidien algérien El-Khabar annonçait hier qu’une rançon de 3 à 5 millions d’euros avait été versée pour la libération de Werner Greiner, citant une «source algérienne de sécurité». Selon le journal, l’argent de la rançon a été transféré d’une banque européenne vers une agence bancaire au Burkina Faso avant d’être remis, par deux intermédiaires, aux ravisseurs.

Une piste libyenne
Alexis Kalambry, journaliste malien qui a suivi de près l’affaire des otages, évoque une autre piste. Faisant écho à un collaborateur du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), il explique que «de nombreux acteurs ont des intérêts dans cette région, comme l’Algérie, la Mauritanie, le Soudan et la Libye». Le journaliste cite une rumeur persistante selon laquelle une rançon aurait été versée par la Libye. Pas forcément pour aider la Suisse, les relations entre Berne et Tripoli demeurant extrêmement tendues. Mais pour accroître son influence dans la zone saharienne. «Il y a peu, Tripoli voulait même ouvrir un consulat au nord du Mali, sans que l’on sache pourquoi», explique-t-il.

Muammar Kadhafi, qui, selon la Radio suisse romande, a appelé au «démantèlement de la Suisse», aurait-il en même temps volé au secours de Berne? Au DFAE, on ne confirme rien. On note tout juste que le clan Kadhafi est composé de membres qui ne sont pas tous sur la même longueur d’onde. Au-delà, le refrain bernois est connu: «Nous n’avons versé aucune contrepartie financière.» Il semble d’ailleurs que la cheffe de la diplomatie elle-même ignorait tout, vendredi soir encore, d’une libération imminente.

Aide revue à la hausse
Y aurait-il eu des promesses de nature politique? Micheline Calmy-Rey avait laissé entendre en avril, après une rencontre à Bamako avec le président malien Amadou Toumani Touré, que le montant investi au Mali au titre de l’aide au développement pourrait passer de 12 à 20 millions par an.

Toutefois, rappelle le DFAE, la Direction du développement et de la coopération (DDC) a été appelée l’an dernier à restreindre la liste de ses pays prioritaires, tout en aidant davantage les bénéficiaires. Le Mali figure sur cette liste, «mais le budget a été discuté en fin d’année dernière», souligne-t-on à Berne, soit avant l’enlèvement de Werner Greiner et de son épouse, libérée en avril. «Il n’y a aucun lien de cause à effet, mais un contexte plus global.»

Ce contexte est le suivant: le nord du Mali est une zone très pauvre et difficile à contrôler. Donc un terreau favorable au banditisme – trafic de drogue et d’armes – et au terrorisme. Ce ne serait dès lors pas un hasard si la Suisse, à l’instar d’autres pays occidentaux, a décidé de s’engager davantage dans cette région, en collaboration avec les autorités maliennes.


 

Werner Greiner est apparu en relative bonne santé

L’ex-otage suisse a été reçu hier à Bamako par le président Amadou Toumani Touré. L’avocat de 57?ans est en relative bonne santé, compte tenu des six mois qu’il a passés dans des conditions extrêmement difficiles. Très ému, il s’est refusé à toute déclaration. «Pour le Mali, il y avait devoir d’assistance et aussi devoir d’aider les trois pays qui ont sollicité notre aide», a estimé Amadou Toumani Touré, en référence à la Suisse, à l’Allemagne et à la Grande-Bretagne, dont sont issus les touristes enlevés le 22 janvier. «Nous avons le cœur serré pour l’otage que nous n’avons pas pu sauver», a-t-il poursuivi. Une allusion au Britannique décapité le 31 mai.

Au cours de cette rencontre, le président malien a tendu les mains à l’ancien otage et lui a raconté que, quelques mois auparavant, il avait rencontré son épouse qui venait d’être libérée. Il lui avait alors dit qu’il n’oublierait pas son mari. A ce moment, les larmes sont montées aux yeux du Zurichois. Les détails sur son retour en Suisse n’ont pas été communiqués.

ATS

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