La BelSwissBank, vous connaissez? Certainement pas. Et pour cause: le siège de cet établissement est à Minsk, en Biélorussie. Son nom et les armoiries de la Confédération qu’il arbore sur son logo n’y changent rien: cette firme n’a rien d’helvétique. Et elle n’est pas la seule à user à tort de la réputation suisse. Dans une exposition organisée au Forum politique de la Confédération, situé dans la tour des Prisons à Berne, l’Institut fédéral de la protection intellectuelle (IPI) présente d’autres abus. Le visiteur y découvrira par exemple des graines de courge annoncées «Swiss Quality» alors qu’elles proviennent de Hongrie ou un thermomètre à viande «made in China» arborant notre emblème national…
Le parlement phosphore
Il faut dire que la marque Suisse fait vendre. Selon une étude de l’Université de Saint-Gall, les clients sont prêts à payer 20% de plus pour obtenir des articles typiquement suisses, voire jusqu’à 50% de plus pour des objets de luxe. Mais, suite à plusieurs interventions parlementaires, le Conseil fédéral a décidé d’intervenir. «Si sa confiance est déçue, le consommateur ne sera plus disposé à débourser plus pour des produits helvétiques, et il se pourrait bien qu’il finisse par associer la marque Suisse à des produits chers qui n’apportent aucune plus-value et n’ont de suisse que le nom», avertit la ministre Eveline Widmer-Schlumpf. Fort de ce constat, le gouvernement a lancé une révision législative, nommée «Swissness».
Ce projet prévoit que, pour se dire suisses, les objets industriels doivent réaliser au moins 60% de leurs coûts de fabrication dans notre pays. Pour les denrées alimentaires, 80% des matières premières doivent en provenir. Finalement, une entreprise peut proposer des services suisses à condition d’y avoir son siège et son administration. Ses propositions sont actuellement débattues par la Commission des affaires juridiques du Conseil national et le dossier sera traité cette année au parlement. Quels sont les abus actuels et qu’est-ce qui va changer? Dans son exposition ludique, l’Institut fédéral de la protection intellectuelle répond à ces questions par une multitude d’exemples, sortis de nos supermarchés. Nous en avons choisi quatre.
L’exposition «Labellisé suisse… vraiment suisse?» se tient au Forum politique de la Confédération, situé à la tour des Prisons à Berne, jusqu’au 26 juin. Elle peut être visitée du lundi au vendredi de 8?h à 18?h et le samedi de 10?h à 16?h (fermé le 20 mars, du 2 au 5 avril, ainsi que les 13 et 24 juin). Entrée libre.
Symbole en voie de légalisation
COUTEAU VICTORINOX
Aujourd’hui, le célèbre couteau Victorinox flirte avec la légalité. Les règles actuelles, en effet, n’autorisent l’utilisation des armoiries de la Confédération que pour les articles de souvenir. Toute la question étant de savoir si le canif en fait partie… En réalité, ce débat deviendra obsolète, car, si les nouvelles règles du Conseil fédéral continuent de réserver l’usage des armoiries à la seule Confédération, elles comprennent aussi une exception: les entreprises qui utilisent ce logo depuis plus de trente ans pour vendre un produit ou un service helvétique pourront continuer à le faire. Ouf, Victorinox est sauvé!
Pseudomüesli suisse made in England
«ORIGINAL ALPEN SWISS STYLE MÜESLI»
En plus de son nom, ce produit arbore sur son emballage un joli Cervin. De quoi ne laisser aucun doute au consommateur: voilà un müesli bien de chez nous! Eh bien, pas du tout: à y regarder de plus près, ces céréales sont fabriquées en Angleterre, par la société Weetabix. Qui, avec la nouvelle législation, devra revoir sa copie. Le projet législatif prévoit en effet qu’un produit alimentaire transformé peut se dire suisse si 80% des matières premières proviennent de notre pays et si la transformation est effectuée dans une entreprise helvétique. Une exception est prévue pour les matières premières qui n’existent pas en Suisse. En clair: le chocolat pourra toujours se dire suisse même si le cacao n’y est pas cultivé.
Pâtes suisses, céréales étrangères
PÂTES BSCHÜSSIG
Bschüssig: voilà une entreprise au nom bien alémanique. Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que son siège est à Frauenfeld. La firme, qui fabrique des pâtes depuis près de 150?ans, revendique d’ailleurs ses origines: sur son emballage de cappellini, par exemple, on dénombre six croix suisses. Mais attention: les apparences sont trompeuses! Selon des déclarations au magazine Saldo, la semoule et les œufs qui servent à la fabrication desdites pâtes proviennent du Canada, des Etats-Unis et de l’Union européenne. Au final, il n’entrerait dans cette recette qu’un seul ingrédient suisse: l’eau! Bref, les croix devront disparaître. Et pas question de tricher en rallongeant une branche ou en modifiant légèrement le rouge: tout ce qui pourra être confondu avec la croix suisse sera interdit, le critère étant l’impression du consommateur.
Croix suisse officiellement autorisée
EAU MINÉRALE VALSER
Cette eau passe 25?ans dans les roches grisonnes, à plus de 1000?mètres de profondeur. Il semble donc logique que ses bouteilles puissent arborer une jolie croix blanche sur fond rouge. Mais, en réalité, la réglementation actuelle interdit un tel usage: ce symbole est autorisé pour vendre des services, mais pas des produits! Un tour dans n’importe quel supermarché permet de réaliser que ces règles ne sont pas appliquées. Et le projet «Swissness» mettra de l’ordre là-dedans: la croix suisse pourra désormais officiellement servir à la commercialisation de produits suisses. Dont la Valser. Pour les autres, en revanche, un tour de vis est annoncé puisqu’il est prévu qu’en cas d’indication incorrecte sur un produit, une firme pourra être poursuivie d’office.