Les 2,3 millions d'armes à feu circulant en Suisse sont un énorme danger pour la sécurité. Faute de succès devant le Parlement, les partisans d'une législation plus sévère veulent s'en remettre au peuple. Ils ont déposé lundi leur initiative munie de quelque 107 000 signatures. Le texte remis à la Chancellerie fédérale réclame l'entreprosage obligatoire des armes d'ordonnance dans des locaux sécurisés, un thème sur lequel le Conseil fédéral est appelé à se prononcer prochainement. Il empêcherait en outre celui qui a terminé ses obligations militaires de conserver son fusil d'assaut.
L'initiative populaire «pour la protection face à la violence des armes» exige aussi la création d'un registre national des armes à feu, l'interdiction de détention d'armes à feu automatique et de fusils à pompe ainsi qu'une définition plus stricte du permis de port d'arme. Ces propositions ratissent large: de la gauche aux associations de femmes, 74 partis et organisations les soutiennent.
«Nous sommes très confiants» quant au succès de l'initiative, a déclaré la conseillère nationale Chantal Galladé (PS/ZH) devant la presse. Selon elle, la population ne comprend pas la timidité avec laquelle le monde politique traite le dossier. Pour les initiants, les réponses données jusqu'ici par le Département fédéral de la défense ainsi que les récentes propositions d'un groupe d'experts ad hoc sont insuffisantes.
Tradition dépassée
Et les initiants de balayer les arguments de ceux qui refusent une législation plus stricte. «La tradition de la remise de l'arme de service n'a plus de justification militaire depuis longtemps», a souligné Reto Moosmann du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA). Le «compromis» proposé par l'armée, à savoir le retrait de la munition de poche, ne règle pas le problème, vu la facilité à se procurer des cartouches.
L'argument d'une surcharge de travail ne tient également pas la route. «Qui ira dire à une mère qui a perdu son fils tué par une arme militaire que la charge administrative était trop lourde pour protéger son enfant», a lancé Mme Galladé.
Trop d'armes à portée de main
Revenant sur les différents meurtres qui ont secoué le pays depuis le massacre au Grand conseil de Zoug en septembre 2001 et la mort de la skieuse Corinne Rey-Bellet en avril 2006, les initiants ont souligné les dangers de la trop grande accessibilité des armes à feu en Suisse. «Aucun usage, militaire ou sportif, ne justifie leur présence au coeur de la population», selon le conseiller national Josef Lang (Verts/ZG).
Sur les 2,3 millions d'armes à feu qui circulent, 1,7 million sont militaires: 252 000 se trouvent dans la chambre à coucher, le grenier ou la cave d'un soldat en service, 1,448 million chez d'anciens militaires, leurs proches ou leurs descendants. 230 000 armes à répétition ou semi-automatiques ainsi que 350 000 armes d'un autre type sont détenues à titre privé, a-t-il énuméré.
Taux de suicide élevé
Une telle disponibilité contribue à l'augmentation du nombre de suicides, des meurtres et des menaces. La Suisse est dans le peloton de tête des pays ayant des taux de crimes familiaux très élevés, quasiment à hauteur des Etats-Unis. Et un tiers des 1400 personnes qui mettent fin chaque année à leurs jours l'ont fait avec une arme militaire.
Or, si au moment de passer à l'acte, celui qui veut se suicider a sous la main des médicaments plutôt qu'une arme, les chances de le sauver seraient beaucoup plus grande, a souligné Barbara Weil de la Fédération des médecins suisses. Les pays qui ont opté pour des législations plus sévères, comme le Canada, l'Australie ou la Grande-Bretagne ont connu une baisse du nombre de suicides avec une arme.
Le président de l'Association du personnel de la police judiciaire fédérale Jean-Pierre Monti à quant à lui souligné l'utilité d'un registre national des armes. Un tel instrument donne à la police la possibilité de détecter rapidement les personnes prêtes à recourir à la violence. Et d'affirmer que la drame de Zoug aurait pu ainsi être évité.
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