Sommet du Petit-Combin, 8?h?30. Après sept minutes d’hélicoptère, huit skieurs et leur guide viennent d’être déposés à 3700?mètres d’altitude. Autour d’eux, un panorama de rochers et de neige. Là, le Cervin, ici, le massif du Mont-Blanc. Et tout en bas, la station de Verbier, que les sportifs retrouveront après avoir fait le plein de poudreuse.
Ce mercredi, la société Eagle Helicopter, qui emploie une trentaine de personnes à Sion et à Zweisimmen, travaille avec un guide français. La pratique n’étant pas autorisée dans l’Hexagone, le moniteur s’exile. L’héliski est également interdit en Allemagne et au Liechtenstein. L’Autriche ne l’accepte qu’en deux endroits. L’Italie le tolère dans le val d’Aoste et se partage donc le marché avec la Suisse.
Sur les 42?places d’atterrissage en altitude que compte notre pays, une vingtaine sont propices à l’héliski. Elles sont en majorité situées en Valais, qui en a fait un atout touristique. Mais il est contesté: plusieurs organisations écologistes ont lancé une pétition demandant son interdiction.
Un produit de niche
«L’héliski est important pour les régions de Zermatt et de Verbier, explique Pierre Mathey, vice-président romand de l’Association suisse des guides de montagne. C’est un produit de niche, qui permet de se différencier d’autres stations.» En hiver, ce sport est l’activité principale d’Eagle Helicopter, à Sion. Du coup, Marc Broccard, chef de projet, est catégorique: «Si on l’interdit, nous sommes en péril.»
Dans le Haut-Valais, la langue change, mais le discours est identique. «Beaucoup de touristes viennent à Zermatt pour faire de l’héliski durant un ou deux jours, puis passent la fin de leurs vacances sur place», argumente Bernard Vogel, directeur d’Air Zermatt. Selon un rapport de l’Etat du Valais, publié en décembre, ce sport génère à Zermatt un chiffre d’affaires annuel de 2,5 à 3 millions de francs, soit 1 à 1,5% des retombées touristiques totales.
La poudreuse vaut de l’or
«Si on bannit l’héliski, Air Zermatt devra licencier 15 à 20?personnes, et une trentaine de guides s’expatrieront vers le Canada ou encore la Turquie», poursuit Bernard Vogel. Pour des raisons de responsabilité, les compagnies ne transportent en effet pas de skieurs non accompagnés. Du coup, en Valais, ce sport assurerait environ 15% des revenus hivernaux des guides. Certains se sont même spécialisés dans ce secteur. C’est le cas de Joseph Morelli, à Verbier: de décembre à avril, il y consacre la moitié de son temps. «Il ne faut pas oublier que beaucoup d’éléments doivent être réunis avant de partir: une bonne neige, des conditions météo qui permettent de voler et des clients bons skieurs qui ont suffisamment d’argent, relativise Joseph Morelli. Car aujourd’hui, la poudreuse vaut le prix de l’or.»
Tête couronnée au nombre des adeptes
En l’occurrence, 1550?francs environ pour quatre personnes, guide et hélicoptère compris, pour monter au Petit-Combin et en redescendre. «Les domaines sont saturés, c’est l’une des dernières façons de faire du ski de qualité. Mes clients sont surtout des Européens qui ont un chalet à Verbier», poursuit le guide en montrant quelques photographies. Parmi les clichés, on reconnaît même une tête couronnée…
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