CRISE LIBYENNE

Hans-Rudolf Merz, 40 minutes pour dompter le Lion du désert

Par Jean-Cosme Delaloye, New-York le 25.09.2009 à 00:04

Le président de la Confédération a profité de son passage éclair à New York pour rencontrer Muammar Kadhafi mercredi soir. Il dit avoir exigé le retour des deux Suisses retenus en Libye de manière «violente et claire». Un retour qu’il espère pour avant le 20 octobre.

Le secret avait été gardé jalousement. Mercredi soir, Hans-Rudolf Merz s’est entretenu pendant quarante?minutes au siège de la mission libyenne à l’ONU à New York avec le leader libyen Muammar Kadhafi «dans une atmosphère assez chaleureuse» selon ses dires. Le but de la visite était clair pour le président de la Confédération: tenter de trouver une sortie de crise entre Berne et Tripoli, et plus spécifiquement une résolution dans l’affaire des deux ressortissants suisses retenus en Libye depuis juillet 2008.

Cette rencontre tant attendue avec le Guide de la révolution libyenne s’est décidée dans l’heure qui l’a précédée et après de nombreux coups de téléphone entre les délégations des deux pays, a raconté Hans-Rudolf Merz hier soir lors de la conférence de presse tenue conjointement avec la ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey. Une rencontre qualifiée d’importante» et d’«utile». Le président dit avoir obtenu de Muammar Kadhafi, un homme «poli», qu’il se penche personnellement sur le cas des deux Suisses. Mais aucune date de libération n’a été évoquée hier en conférence de presse. Plus tard, sur la Télévision suisse romande, le radical appenzellois a avoué espérer le retour de ses deux ressortissants pour avant le 20 octobre, date fixée par les deux Etats pour la normalisation de leurs relations selon l’accord signé le 20 août dernier à Tripoli.

Selon Hans-Rudolf Merz, Muammar Kadhafi a pour sa part rappelé à ses invités helvétiques qu’il n’avait toujours pas digéré l’arrestation de son fils Hannibal l’année dernière à Genève. Le chef de l’Etat libyen a en outre pris pour une humiliation la publication des photos de l’interpellation de son fils. Hans-Rudolf Merz affirme cependant que le colonel s’est exprimé de «manière judicieuse», sans proférer d’accusations contre la Suisse.

Et maintenant, qu’adviendra-t-il des deux hommes d’affaires officiellement retenus en Libye pour violation des règles de l’immigration? Ils ont été transférés sous prétexte d’une visite médicale la semaine dernière dans un «lieu sûr», selon l’expression libyenne rapportée par Hans-Rudolf Merz. Tripoli craint apparemment que la Suisse n’utilise la manière forte pour rapatrier ses deux ressortissants – une idée évoquée ce printemps dans ces colonnes par Didier Burkhalter, alors qu’il n’avait pas encore été élu conseiller fédéral.

Emploi de la force exclu
Appelé à jouer les démineurs, Hans-Rudolf Merz affirme que la «rencontre était importante pour montrer à Muammar Kadhafi que la Suisse n’a pas l’intention de recourir à la force pour régler ce problème, mais que nous sommes prêts à normaliser les relations sur la base du contrat signé en août». Il a évoqué la récente venue à Berne d’une délégation libyenne qui a pris des «décisions» dans ce sens. Le président de la Confédération a néanmoins martelé hier à plusieurs reprises qu’il attendait désormais des «résultats» de la part de Tripoli.

Mis à part son entretien avec le leader libyen qui avait agacé les représentants onusiens avec son interminable discours à la tribune onusienne un peu plus tôt dans la journée, le président de la Confédération a également rencontré Barack Obama à New York. Le président américain a remercié son homologue helvétique pour les bons offices de la Confédération avec l’Iran et Cuba notamment. Les deux hommes ont également parlé de ski, la famille Obama ayant apparemment l’intention de tester un jour les pistes helvétiques.


A quoi Kadhafi s’est-il engagé?

Le colonel Kadhafi a promis de «s’engager personnellement» pour que les deux Suisses retenus en Libye depuis juillet 2008 puissent rentrer chez eux au plus vite. C’est du moins la version donnée hier par les services de Hans-Rudolf Merz. Or, cette présentation des faits laisse l’expert Hasni Abidi sceptique. «Même lors du règlement de l’affaire des infirmières bulgares, le colonel Kadhafi n’avait jamais fait pareille promesse», rappelle le directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, à Genève. «J’ai donc bien peur que les Suisses ne fassent une nouvelle fois preuve de maladresse.»

D’ailleurs, dans le compte rendu que fait l’agence de presse officielle libyenne Jana de la rencontre entre le président de la Confédération et Muammar Kadhafi, il n’est fait aucune mention des deux Suisses, traduit le chercheur genevois. Par contre, l’agence rappelle les excuses helvétiques pour l’arrestation «injuste du diplomate Hannibal Kadhafi» et souligne les félicitations qu’aurait adressées Hans-Rudolf Merz à son hôte pour «le discours clair et franc» tenu la veille devant l’assemblée générale des Nations Unies…

Conclusion d’Hasni Abidi: pour éviter des interprétations aussi divergentes, la Suisse aurait dû exiger la publication d’un communiqué commun. Reste que la rencontre attendue entre les deux chefs d’Etat a bel et bien eu lieu. «C’est le signe que le colonel Kadhafi est moins fâché.» Ce qui l’a sans doute incité à ne pas réitérer à la tribune de l’ONU ses appels au démantèlement de la Suisse. «Mais on n’en est qu’au début de la solution». Et contrairement au Conseil fédéral, rien ne presse la Libye à sortir de la crise.

Serge Gumy

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