Voleurs de poule, nomades, mendiants: dire que les Roms souffrent d’un déficit d’image relève du pléonasme. En agitant la menace d’un afflux de Roms, les opposants à l’extension des accords de libre circulation à la Bulgarie et à la Roumanie sont accusés d’alimenter ces clichés. L’ambassadeur de Roumanie à Berne vient d’ailleurs de s’en plaindre officiellement. Tout comme la Commission fédérale contre le racisme. Mais au-delà de leur exploitation politique, quel crédit accorder aux craintes liées aux Roms? Eléments de réponse.
LES ROMS VONT-ILS DÉFERLER SUR LA SUISSE EN CAS DE OUI AUX ACCORDS?
Tout indique que non. Les Roms peuvent déjà venir en Suisse sans visa pour une durée de trois mois. En cas d’acceptation des accords, pour s’établir dans le pays, à l’instar de tous les ressortissants roumains et bulgares, les Roms devront demander une autorisation de séjour. Ils l’obtiendront s’ils disposent d’un contrat de travail valable ou s’ils attestent auprès des autorités cantonales d’une activité d’indépendant. Les personnes sans emploi peuvent aussi obtenir une autorisation de séjour.
A condition qu’elles fournissent la preuve qu’elles disposent de suffisamment de moyens pour subvenir à leurs besoins. «Cette disposition vaut pour les retraités et les étudiants, mais elle exclut par la force des choses les personnes qui voudraient venir en Suisse pour mendier», précise Adrian Sollberger, du Bureau de l’intégration du DFAE/DFE. Qui est convaincu «qu’il n’y aura pas d’afflux». Une conviction qui trouve sa source dans les dernières statistiques sur les contingents accordés aux Roumains et aux Bulgares: en 2008, sur 141 autorisations disponibles, seules 76 ont été demandées. A la Rroma Fondation, basée à Zurich, on ajoute que, depuis l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’UE, en 2002, «seule une petite proportion des 3 millions de Roms roumains et bulgares ont tenté leur chance ailleurs dans l’Union», relève Christina Kruck, présidente de l’organisation. «Cela s’explique par le fait que, contrairement à ce qu’on croit, les Roms sont avant tout un peuple de sédentaires», poursuit cette ancienne déléguée du CICR.
Les policiers qui possèdent une expérience des Roms sont, eux aussi, assez sereins. Dans l’ensemble ils ne croient pas au «signal positif» qu’enverrait un oui des Suisses le 8 février prochain. «De toute manière, si les Roms qui mendient ont envie de venir dans le pays, ils viendront, avec ou sans accords et sans se préoccuper de demander une autorisation», résume Jean-Philippe Brandt, porte-parole de la police genevoise.
LES MENDIANTS ROMS ONT-ILS LA RÉPUTATION D’ÊTRE VIOLENT?
«Non, ils ne posent pas de problèmes particuliers», assure Jean-Philippe Brandt. Le président de la Conférence des directeurs des polices municipales vaudoises tient à faire la part des choses. «Les mendiants appartiennent à des réseaux organisés, et c’est un business qu’on ne peut laisser se développer parce que cela choque les gens, mais ils ne sont pas agressifs», explique Jean-Daniel Carrard.
LES ROMS SONT-ILS TOUS DES MARGINAUX?
Non. Il n’existe pas de recensement officiel de la population Rom en Suisse. Mais la Rroma Fondation estime que 50?000 à 60?000 Roms vivent dans le pays. «Souvent de nationalité suisse, ils sont établis ici depuis des décennies, beaucoup sont venus d’ex-Yougoslavie ou des pays de l’Est», souligne Christina Kruck. Parmi eux, on trouve des médecins ou des musiciens professionnels. «Les situations sont très diverses, mais ils ont tous un point commun: ils cachent leur origine de peur d’être discriminés», assure Christina Kruck. Cet exilé roumain qui vit aujourd’hui à Berne confirme: «Je joue dans un orchestre avec un musicien rom. Moi je le sais, mais pour tous les autres c’est juste un Roumain… Il ne met jamais en avant ses origines.»
LA SUISSE PEUT-ELLE EXPULSER DES ROMS EN SITUATION ILLÉGALE?
La récente «rafle» de mendiants à Genève (24 heures d’hier) montre que oui. Outre d’éventuelles lois cantonales antimendicité, la Confédération dispose avec la Roumanie et la Bulgarie d’un accord de réadmission. Ceux-ci facilitent et réglementent le renvoi de ressortissants jugés indésirables sur le territoire helvétique.