G20

Face à la liste grise, Berne oscille entre colère et résignation

Par Xavier Alonso, Berne le 04.04.2009 à 00:01

Les parlementaires fustigent à la fois le sommet londonien et Hans-Rudolf Merz, en attendant un signal fort du Conseil fédéral.

Au Département des finances (DFF), la nuit de jeudi à hier fut courte. L’ambiance est au gris, couleur de la liste du G20 sur laquelle figure la Suisse. Comme un couperet, la nouvelle est tombée jeudi soir. A chaud, Hans-Rudolf Merz saluait «les décisions prises à Londres par le G20». Le ton change vers 21?heures. Le président de la Confédération «déplore le procédé. Et désapprouve les critères qui ont servi à établir la liste».

Cette chronologie du dépit du président de la Confédération a frappé parlementaires et observateurs. «On est positifs. Puis deux heures après, on crie à l’injustice. Ces messages illustrent un certain désarroi de M. Merz», analyse Raymond Loretan, ex-diplomate aux Etats-Unis et ancien secrétaire du PDC. A l’instar de Carlo Sommaruga (PS/GE), il s’interroge sur le rythme de renégociation des septante-quatre accords de double imposition sous le nouveau régime du secret bancaire assoupli. Des pourparlers qui devraient fournir la preuve de la bonne volonté de la Suisse en matière fiscale. «A ce jour, M. Merz a toujours refusé de donner un calendrier, commente Carlo Sommaruga. Nous sommes sur la liste grise, parce que le G20 veut nous empêcher de jouer la montre.»

Des paroles aux actes…
Le sénateur Peter Briner (PRD/SH) est moins indulgent envers le G20. «C’est une non-liste. Quand la Suisse s’engage, elle fait ce qu’elle dit. Nous devons désormais expliquer à ces Etats que chaque pays a ses procédures et que la Suisse a le droit d’appliquer les siennes.» Porte-parole du DFF, Roland Meier précisait hier qu’aucun délai n’a été imparti à la Suisse.

Sur les ondes de la Radio alémanique, Hans-Rudolf Merz a réaffirmé que la Suisse a besoin de temps. Notamment parce que l’UDC lancera des référendums contre les nouveaux accords. Virulente, la campagne de la droite dure a commencé sous le signe de la «trahison» de Micheline Calmy-Rey, à qui elle reproche une lettre de félicitations adressée à l’OCDE, quand bien même la missive n’est jamais partie. «Je veux un Conseil fédéral qui souligne la souveraineté de la Suisse et de sa place financière», exige le conseiller national et directeur de l’ASIN Hans Fehr, pour qui on ne négocie pas en s’excusant. «La Suisse doit attaquer le Delaware aux USA et les îles de la Manche de la Grande-Bretagne» qui figurent sur la liste blanche du G20. Moins va-t-en guerre, Peter Briner attend la séance du Conseil fédéral prévue mercredi: «Le collège doit dire ce qu’il veut. Parler à l’unisson. Ainsi, les parlementaires pourront appuyer son action.»

Pour l’heure, côté ministériel, l’heure est à la résignation. «Petit pays, la Suisse a un certain nombre de points faibles et doit naviguer dans ces eaux troublées de la manière la plus intelligente possible, a déclaré Pascal Couchepin à la RSR. Mais comme le disait La Fontaine, si un puissant décide de vous faire tort, il y arrivera», a constaté le Valaisan, pour qui Berne doit y opposer les règles de la bonne foi, de l’honnêteté et du respect de l’Etat de droit.

Aux yeux de Raymond Loretan, un premier pas consisterait néanmoins à renforcer la présidence de la Confédération. Car au G20, il y avait «d’un côté de grands chefs d’Etat et, de l’autre, un président de la Confédération qui réagit en ministre des Finances…»

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