Il est une véritable star en Suisse alémanique. A 90?ans, Walter Roderer a derrière lui une longue carrière de comédien et de cabarettiste. Aimé du public, il a fait fortune en enchaînant les publicités pour de grandes marques. Ses prestations pour promouvoir des appareils d’électroménager ont même traversé la Sarine dans les années 1970. Mais l’artiste a longtemps dissimulé un secret. Il a épousé il y a cinq ans sa petite-nièce Anina, de soixante ans sa cadette. Une union qui vient d’être révélée par la presse et qui fait jaser tout Zurich. Pour les uns, leur relation est incestueuse, pour les autres, elle est touchante. En tout cas, elle est digne d’une série B.
Walter rencontre sa petite-nièce en 2004, lors de l’enterrement de sa deuxième épouse. Agée de 24?ans, Anina n’est autre que la fille du fils de la sœur du comédien. Un lien familial qui ne les empêche pas de se plaire. Sans enfants, l’homme de 84?ans se sent seul. La ballerine, elle, a du temps à consacrer à son grand-oncle. Ils partent plusieurs fois en vacances et, en 2005, se marient en cachette en Allemagne. «A l’écart des médias et sans témoin, personne ne pouvait le savoir, raconte Walter Roderer dans SonntagsBlick. Pas même les parents d’Anina (…) Mais nous nous aimons, même si notre relation reste platonique.»
Si l’homme craint les mauvaises langues, son mariage est parfaitement légal. Le Code pénal suisse n’interdit les unions que si les fiancés sont parents en ligne directe (père, mère, grands-parents, enfants ou frères et sœurs). «Un oncle peut donc épouser sa nièce ou un cousin sa cousine», note Felix Schöbi de l’Office fédéral de la justice.
Sur un malentendu…
Si ces unions restent rares, elles sont autorisées depuis dix ans… grâce à un malentendu. En 1998, la révision de la loi sur le mariage est si lourde que les parlementaires ne remarquent pas qu’il est prévu d’assouplir les conditions sur les unions entre membres d’une même famille. La loi passe comme une lettre à la poste. A son entrée en vigueur en 2000, plusieurs élus s’étonnent de n’avoir rien vu et brandissent le risque de consanguinité et de maladies génétiques dont pourraient hériter les enfants. Mais il est trop tard. «Sans s’en apercevoir, le parlement a suivi la tendance européenne d’abolir petit à petit les obstacles au mariage, note Felix Schöbi. Aujourd’hui, on estime que les liens familiaux sont moins étroits qu’à l’époque et qu’on ne se marie plus forcément pour faire des enfants.»
Et d’ajouter, en riant, qu’on se lie «pour plein d’autres raisons». Walter Roderer n’en fait d’ailleurs pas mystère. En épousant sa petite-nièce, il lui évite de devoir payer 35% d’impôts sur les millions qu’il va lui léguer. Une ruse légale. «Juridiquement, on ne peut pas parler d’un mariage blanc puisqu’il ne s’agit pas d’obtenir un permis de séjour pour une personne étrangère, explique Felix Schöbi. Moralement, c’est discutable. Mais de nos jours, on ne peut pas demander à chaque couple s’il se marie par amour. D’ailleurs, c’est quoi l’amour?»