GENÈVE

Un enfant de 3?ans et demi décède après une transfusion sanguine

Par Éric Budry le 05.03.2009 à 00:03

C’est la direction des HUG qui a révélé l’affaire hier. Les causes exactes de ce drame, survenu fin février, restent à déterminer.

Le 18 février, deux patients des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont fait une réaction à une transfusion de plaquettes sanguines. Le premier, un adulte, s’en est remis après avoir été admis aux soins intensifs. Le second, un enfant de 3?ans et demi, n’a pas eu cette chance. Il est décédé le 21 février, malgré tous les soins prodigués. Ses obsèques ont eu lieu lundi dernier. Voilà pour les faits bruts, livrés hier par la direction des HUG. Ils sont posés comme un masque neutre pour cacher l’insoutenable: l’immense douleur des parents de la petite victime, mais aussi le chagrin du personnel soignant qui entourait ce patient, comme l’a relevé hier Bernard Gruson, directeur général des HUG.

Car les HUG ont décidé de communiquer, du reste en accord avec les parents. Par souci de transparence et également afin de prévenir toute panique dans la population. «Il n’y a aucun danger pour les donneurs et les receveurs, a insisté le Pr Pierre Dayer, directeur médical des HUG. C’est un cas isolé, nous avons fait toutes les vérifications. Il n’existe pas de risque épidémiologique.»

La justice enquête
En revanche, les causes exactes du décès ne sont, pour l’heure, pas connues. La justice a ouvert une enquête, une autopsie légale a été pratiquée, et Swissmedic, l’autorité nationale de contrôle des produits thérapeutiques, a commencé ses investigations.

La seule certitude des HUG est que le donneur du lot de sang n’y est pour rien. «Il a été identifié et contacté, a précisé le professeur Dayer. Il est totalement hors de cause.»

«Pas forcément la faute de quelqu’un»
Bernard Gruson et Pierre Dayer semblent toutefois empruntés pour en dire plus. Il serait trop tôt pour tirer des conclusions. En l’état, ils se refusent tous deux à parler d’erreur médicale. «Il y a eu un problème, mais pas forcément d’erreur, poursuit le directeur médical. Le risque zéro n’existe pas. Tout acte médical comporte forcément des risques.» Quoi qu’il en soit, si l’enquête devait conclure à une erreur médicale, Bernard Gruson s’engage à en informer les médias.

Il semble bien que c’est l’hypothèse d’une réaction immunologique aux plaquettes qui soit la plus probable (c’est du reste le problème le plus fréquent). Mais pourquoi?

«Il y a eu un couac, concède Pierre Dayer. Ce n’est pas forcément la faute de quelqu’un, mais il y a eu une faille. Cela a pu survenir lors des opérations qui visent à réduire les risques infectieux et immunologiques. C’est ce que devront préciser les enquêtes. Ce que nous allons rechercher avant tout, ce n’est pas tant un éventuel coupable que d’éviter à tout prix que cela ne se reproduise.»

Pour la direction des HUG, il est en effet extrêmement important d’apaiser les peurs que pourraient susciter ce drame, afin de ne pas porter préjudice aux dons du sang, qui suffisent tout juste à satisfaire les besoins. «Notre système de contrôle est l’un des meilleurs d’Europe, conclut Bernard Gruson. Et les HUG ont pris de mesures pour garantir la sécurité transfusionnelle et renforcer le système d’hémovigilance.»
 



«Mon fils se battait contre sa maladie…»

«J’ai du mal à réaliser. Mon fils se battait contre la maladie depuis des mois. Il allait de succès en succès. Et puis…» Au téléphone, le papa du petit garçon décédé le 21 février dernier ne comprend pas ce qui a pu se passer à l’Hôpital. Mais aucune animosité ne filtre dans sa voix. Ses propos restent d’une extrême sobriété.

«Je crois qu’il faut être respectueux du combat mené par mon fils. Et du travail effectué par les médecins de l’hôpital et par tout le personnel soignant, ajoute-t-il. Je ne me permettrais pas de dire quoi que ce soit contre eux. Quant à l’Hôpital, il a reconnu son erreur, c’est déjà très bien. Même si on ne connaît pas la nature de l’erreur. Pour le reste, nous avons maintenant besoin de patience pour nous remettre…»

Se remettre, oui, d’un choc particulièrement tragique. Parce qu’injuste. Car le petit bout de chou enterré lundi passé, en présence, d’ailleurs, de nombreux membres du personnel soignant des HUG, allait mieux. Son état de santé s’améliorait depuis qu’il avait reçu une greffe de la moelle.

Le donneur, ou plutôt la donneuse, n’était autre que sa propre maman, ce que confirme l’avocat de la famille, Me?Mike Hornung: «Oui, il a bien reçu cette greffe, dit-il. Et ce garçon, qui venait de passer des semaines en chambre d’isolement, allait bientôt rejoindre une chambre normale.» Grâce à la greffe, puis à la transfusion sanguine.

Au lieu de cela, «ces plaquettes qui étaient censées sauver ce petit malade ont infecté l’entier de son organisme, poursuit Me?Hornung. Il a fait un malaise, puis un premier arrêt cardiaque, dans les bras de sa maman.»

Les médecins ont alors tout tenté pour le sauver, enchaîne Me?Hornung. «Mais aujour­d’hui, les parents aimeraient comprendre. Ils souhaitent savoir ce qui s’est réellement passé suite à cette transfusion, ce qui a été fait pour tenter de ranimer leur fils et enfin, pourquoi et dans quelles circonstances une autopsie a été réalisée.»

Ces réponses, c’est l’enquête de police qui les livrera. Il n’est donc pas question pour l’instant que la famille dépose une plainte, assure Me?Hornung. «Rien ne presse, une enquête est en cours. Mais les parents se constitueront de toute façon partie civile, afin d’avoir accès à toutes les informations nécessaires. Pour ma part, je n’ai pas encore accès au dossier, mais je précise que jusqu’à présent, on ne leur cache rien.»

Pour l’avocat, ces événements sont extrêmement tristes, «parce que l’espoir d’une guérison était revenu, grâce à ce sang nouveau. Le petit garçon souffrait d’un cancer du sang. Les médecins, les infirmiers et tous ceux qui se sont occupés de lui à l’hôpital ont fourni un travail remarquable, et entrepris de nombreuses investigations à l’étranger pour le sauver. Les parents leur en sont très reconnaissants, et ils tiennent à le souligner.»

Xavier Lafargue

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