Un avocat pour les animaux? C’est «inutile et dépassé», a lâché hier la conseillère fédérale Doris Leuthard. La cheffe de l’Economie a lancé le premier coup de griffe d’une campagne politique qui promet de belles empoignades. Le peuple se penchera le 7 mars prochain sur une initiative populaire sur le sujet. Le Conseil fédéral n’aimerait-il pas les animaux? Non, précise Doris Leuthard, «le Conseil fédéral n’est pas contre l’instauration d’avocats pour les animaux», il refuse simplement de forcer les cantons à s’équiper d’un tel dispositif, car «ils en ont déjà la possibilité».
Zurich est le seul canton suisse à s’être doté d’un avocat des animaux, en 1991. Pour le reste, les bêtes sont assez protégées, juge Berne: «La nouvelle loi sur la protection des animaux, entrée en vigueur depuis plus d’un an, a répondu au but visé par l’initiative», selon Doris Leuthard. Les cantons sont ainsi déjà tenus de mettre en place un service spécialisé dans la protection des animaux et de poursuivre pénalement les infractions intentionnelles à la loi.
«Pas d’accord, rétorque Samuel Debrot, président de la Société vaudoise de protection des animaux (SVPA). On observe que, à Zurich, il y a moins de maltraitance envers les animaux car l’avocat joue un rôle dissuasif. Par contre, certains cantons traînent les pieds.» Maltraiter intentionnellement un animal peut valoir une amende minimale de 80?francs en cas de dénonciation. «Ces amendes s’échelonnent en principe jusqu’à 20?000?francs, mais la moyenne des sommes infligées en Suisse est de 500?francs, ce qui montre que le problème n’est pas pris au sérieux», fait remarquer Samuel Debrot.
En près de soixante ans de défense des animaux, le Vaudois n’a vu «qu’une seule fois» un procureur intervenir pour une affaire de maltraitance: c’était «le cas d’un homme qui avait arrosé son chien d’essence et lui avait mis le feu. Finalement, il avait écopé de 1 mois ferme.» Un cas d’une cruauté rare, mais la SVPA diligente tout de même plus de 365 enquêtes chaque année, qui peuvent mener à des plaintes.
Une majorité de citoyens favorables
Pour Doris Leuthard, cette initiative «passe à côté de l’essentiel», car elle n’empêchera pas la maltraitance, les avocats intervenant «lorsque le mal est fait, alors qu’il faut mettre l’accent sur la prévention.» Au parlement – qui a renoncé à faire un contre-projet à l’initiative – le sujet a fortement divisé. En juin dernier, les Verts et les socialistes l’ont défendu en vain au Conseil national, contre l’UDC notamment. «Ce sujet montre à quel point notre société perd le sens des réalités», avait lancé la Vaudoise Alice Glauser Zufferey (UDC). Christian van Singer (Verts/VD) estime au contraire qu’elle s’avère indispensable: «Il ne faut pas sous-estimer l’effet incitatif, dit-il. Le fait qu’on puisse s’adresser à un spécialiste fera réfléchir les gens.»
La Protection suisse des animaux (PSA), qui a lancé l’initiative, se dit quasi certaine de l’emporter devant le peuple le 7 mars. Selon un sondage de l’institut GfK, le mois dernier, près de 70% des Suisses y seraient favorables. Spécialement outre-Sarine. «Doris Leuthard elle-même a confié au président de la PSA qu’elle y est favorable, mais qu’elle ne peut pas le dire pour respecter la collégialité», affirme Samuel Debrot. Les milieux pro-initiative entreront officiellement en campagne au début de l’année prochaine.