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Le dilemme des Romands face au sort de Bernard Rappaz

Par Patrick Chuard le 13.11.2010 à 00:04

Près de la moitié de la population romande n’envisage pas de laisser mourir le chanvrier en prison. Cette proportion est plus forte dans le canton de Vaud

Que faire avec le chanvrier Bernard Rappaz? La Suisse romande hésite. Les citoyens sont aussi divisés que les politiques et les spécialistes sur la question. C’est ce que montre le sondage exclusif réalisé les 11 et 12 novembre 2010 par l’institut M.I.S. Trend pour 24?heures et la Tribune de Genève auprès de 500 Romands de 18 à 74?ans (marge d’erreur sur le total: 4,5%).

Une majorité de sondés (65,2%) ne veut pas entendre parler d’alimentation forcée. Cette position est spécialement élevée chez les sondés de gauche (79,3%). «C’est une approbation intéressante de l’attitude des médecins qui invoquent l’éthique», note Marie-Hélène Miauton, directrice de M.I.S. Trend. Ce résultat apporte en tout cas un soutien populaire au refus des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), qui rejettent l’injonction de la justice valaisanne d’alimenter Bernard Rappaz de force. Les HUG ont annoncé hier qu’ils faisaient recours contre cette sommation auprès du Tribunal fédéral.

L’autre moyen de sauver Bernard Rappaz d’une issue fatale à la grève de la faim serait une interruption de peine. Une libération du détenu pour des raisons humanitaires récolte une majorité de non (64%). Ce refus est spécialement élevé dans les régions rurales (72,3%) et atteint 83,6% en Valais. Les sondés vaudois et genevois y sont moins opposés (un peu plus de 56%). La cause du chanvre semble avoir moins de sympathie chez les jeunes: les 18-34?ans disent non à une libération dans une proportition plus élevée (68,5%) que les plus de 55?ans (60,9%).

Les Vaudois ont un autre avis

En se privant des moyens de sauver la vie du gréviste de la faim, il faudrait donc le laisser mourir? Surprise, les sondés sont très partagés et au coude-à-coude sur la question (45,6% de oui contre 42,6% de non). Les Valaisans préconisent en majorité (56,7%) d’abandonner Rappaz à son sort, contrairement aux sondés lémaniques: les Genevois ne sont que 36,9% et les Vaudois 38,2% à opter pour un laisser-aller, contre le reste de la Suisse romande qui est plutôt à l’unisson du Valais (54,8%).

La moitié des sondés de gauche veut sauver Rappaz, contre un tiers seulement des sondés de droite. Sur l’ensemble de la Suisse romande le sondage montre que «la population vit exactement le même dilemme que la classe politique et les spécialistes» sur l’affaire Rappaz, selon Marie-Hélène Miauton.


A votre avis et, malgré leur opposition de principe, les médecins devraient-ils le nourrir contre son gré ou respecter sa décision?

Respecter sa décision 65%

Le nourrir contre son gré 21%

Ne sait pas 14 %

La justice doit-elle libérer Bernard Rappaz du reste de sa peine pour des raisons humanitaires?

Non 64%

Oui 24%

Ne sait pas 12%

A votre avis, faut-il sauver Bernard Rappaz ou le laisser mourir?

Le laisser mourir 46%

Le sauver à tout prix 42%

Ne sait pas 12%


Révélations: son vrai bilan de santé

Peut-on survivre 80?jours sans manger? La polémique enfle autour du véritable état de santé du chanvrier. L’entourage de la conseillère d’Etat Esther Waeber-Kalbermatten parlait même hier d’éventuelle tricherie dans Le Temps . Enervé par ces rumeurs, Aba Neeman, l’avocat du chanvrier, a accepté de montrer le bilan de santé effectué par les HUG le 26 octobre. C’est sur la base de ce document que le Valais base ses décisions. Depuis, la santé de Bernard Rappaz n’a pu que se détériorer.

Ce rapport confirme que le chanvrier refuse toute nourriture et qu’il accepte uniquement de boire 2?litres d’eau par jour. Il signale une perte de poids massive du Valaisan qui, de 95 kilos, est passé à une soixantaine. Il parle aussi d’un taux de glycémie très bas. Le manque de sucre dans le sang peut provoquer le coma. Le taux de potassium est quant à lui légèrement inférieur à la norme, ce qui révèle un risque aggravé d’arrêt cardiaque.

Le chanvrier, selon les médecins des HUG, souffre aussi d’une insuffisance rénale. En clair: ses reins ne filtrent plus assez son sang et pourraient ne plus fonctionner du tout. Chose étonnante, le taux de protéines de Bernard Rappaz reste normal.

Une preuve de tricherie? «Non, en fait, la situation est très inquiétante, répond Pierre-Noël Schellens, médecin généraliste à Bruxelles. Le corps du patient brûle ses dernières réserves, mais vu sa perte de poids impressionnante, cela ne va pas durer. C’est comme si vous utilisez le bois d’un chalet pour faire du feu, vous commencez par les meubles, puis le parquet, puis les murs et au final, il ne reste plus rien. Le corps de Bernard Rappaz ne supportera pas deux semaines de plus.»

Après la graisse, le corps puise des réserves dans les muscles, puis les organes. Cette dernière phase provoque des séquelles irréversibles et s’avère mortelle. A la lecture du rapport, Bernard Rappaz, selon le médecin, est aux portes de ce stade ultime.

F.MU.

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