CRISE UBS

Le débat urgent sur le secret bancaire divise déjà les politiques

Par XAVIER ALONSO, BERNE le 23.02.2009 à 00:03

Task force, initiative populaire, débat urgent. Le secret bancaire, mis à mal par les déboires d’UBS aux Etats-Unis, enflamme la politique.

«Il y a une forte probabilité que nous organisions, lors de la troisième semaine de session, un débat urgent sur la crise UBS et le secret bancaire.» La présidente du Conseil national, Chiara Simoneschi-Cortesi, ne peut être plus affirmative. Car la décision appartient au bureau du Conseil national qui tranchera lors de la première semaine de la session (du 2 au 20 mars) des suites à donner aux interpellations urgentes.

Un débat certes, mais pour quelles solutions? Dans quel dessein? Les idées fusent en effet de toutes parts. Divergentes… Seul point commun: la colère contre UBS. Et la mise en cause, différemment appuyée, du Conseil fédéral. Aussi, UDC et Verts demandent un débat urgent alors que la session s’ouvre dans une semaine à Berne. Le PS et le PDC exigent, eux, la création d’une task force. La Lega des Tessinois annonce le lancement d’une initiative populaire visant à inscrire le secret bancaire dans la Constitution. Il n’y a guère que les radicaux-libéraux pour appeler au calme.

«Nous ne devons rien faire dans l’urgence et dans l’émotionnel qui règne actuellement», analyse Martine Brunschwig Graf. La libérale genevoise ne croit pas en un quelconque résultat d’un débat parlementaire, arguant que les Chambres n’en ont pas la compétence. Elle fustige ainsi PS, Verts et UDC qui «agitent le secret bancaire et jouent avec la place financière suisse pour leur profit électoral».

Lenteurs incompréhensibles

Satisfaits alors les radicaux-libéraux? Loin s’en faut, mais ils mettent en avant les outils à disposition du politique. «Nous devrions nous intéresser à la lenteur du Tribunal fédéral comme à celle du Département des finances.» Le président du PDC, Christophe Darbellay, émet les mêmes reproches: «Je me suis laissé dire que le département de M. Merz traitait les dossiers des clients d’UBS depuis plus de six mois. Pourquoi ces cas n’ont-ils pas pu être traités rapidement s’ils étaient aussi évidents que le prétendent en chœur la FINMA, M. Merz et UBS? L’attitude des Etats-Unis est indigne d’un Etat de droit, mais qu’a fait la Suisse pour y répondre? J’attends du Conseil fédéral qu’il défende la Suisse debout.» D’un débat urgent, Christophe Darbellay n’attend pas grand-chose, sauf peut-être «l’expression commune d’une volonté de défendre le secret bancaire». Le Valaisan appuie donc avec conviction l’idée d’une task force afin de mettre en place une défense claire du secret bancaire, comme une stratégie sur le plan international. «Nous sommes la septième place financière mondiale, et nous ne sommes invités nulle part. Nous n’avons pas d’amis, pas d’alliés.» La Suisse n’est en effet toujours pas conviée aux assises du G20, qui réunit les vingt pays les plus industrialisés.

Le Conseil fédéral vertement critiqué

«A quoi sert le Conseil fédéral?» ironise Ueli Leuenberger. «La task force, c’est lui. Il n’est absolument pas à la hauteur.» Pour le président des Verts, la disgrâce d’UBS a contaminé le politique. «La majorité de la classe politique s’est déjà discréditée en cautionnant le système mis en place par UBS. C’est elle qui ne respecte rien. Ce ne sont pas les Etats-Unis qu’il faut critiquer.» Pour Ueli Leuenberger, «ne pas débattre de cette actualité serait irresponsable».

Pas de commentaire au Département fédéral des finances. Par la voix de son porte-parole, il a néanmoins pris connaissance «sans énervement» du souhait de plusieurs Etats de l’Union européenne, réunis hier à Berlin, de lutter contre les «centres non coopératifs». Allusion à peine voilée à la Suisse.

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