Pascal est étudiant en génie électrique et électronique à l’EPFL. Sous peu, il obtiendra un diplôme d’ingénieur, écrit-il sur une page du site internet de l’Association des étudiants des hautes écoles suisses. Un bagage qui devrait lui permettre de trouver un emploi facilement. Seulement voilà: le jeune homme est Canadien. En tant que titulaire d’un permis B étudiant, il devra quitter la Suisse une fois son diplôme en poche.
La faute à la loi fédérale sur les étrangers, qui oblige la quasi-totalité des étudiants venant des Etats tiers à renter chez eux à la fin de leurs études. Les hautes écoles et les milieux économiques pointent du doigt cette «fuite des cerveaux». Ils trouvent «absurde» que la Suisse forme des étudiants qui vont ensuite faire le bonheur de pays concurrents.
Assouplissement de la loi
Leurs critiques ont été entendues. Dès l’année prochaine, les autorités suisses octroieront plus facilement des permis de séjour aux étrangers qui ne sont ni ressortissants de l’Union européenne (UE) ni de l’Association européenne de libre-échange (AELE).
«A l’avenir, les permis de séjour seront délivrés non seulement dans l’intérêt scientifique de notre pays, mais aussi dans l’intérêt économique, explique Roman Cantieni, chef de l’information au Département fédéral de justice et police. La prise en compte de ce critère permet d’améliorer significativement l’accès des diplômés étrangers au marché du travail et répond aux demandes des entreprises.»
Un assouplissement de la loi salué par Claude Comina, responsable du Team Future, le réseau scientifique et politique des hautes écoles. «C’est un grand pas en avant. Jusqu’à présent, pour engager un diplômé non ressortissant de l’UE ou de l’AELE, il fallait que l’entreprise justifie qu’il n’existe aucun Suisse et ni ressortissant européen ayant les mêmes hautes qualifications.» Pour celui qui est également porte-parole de l’EPFL, il s’agira désormais de faire connaître la nouvelle aux étudiants. «Histoire que cesse la rumeur selon laquelle il n’y a pas de débouchés pour les étrangers en Suisse.»
«Il faut aller plus loin»
Mais si cette mesure, prise vendredi par le Conseil fédéral, est une bonne nouvelle pour les hautes écoles, du côté des étudiants, l’enthousiasme est plus mitigé. «Le Conseil fédéral ne va pas assez loin, regrette Markus Schmassmann, président de l’Association des étudiants des hautes écoles suisses. Deux problèmes subsistent: les contingents des étrangers pouvant obtenir un permis resteront limités à 4000 autorisations de séjour à l’année et 7000 autorisations de courte durée. Sachant que ces contingents incluent aussi les cadres et les tops managers que les entreprises font venir de l’étranger, c’est insuffisant. En outre, la loi reste trop restrictive, dans le sens où un diplômé devra toujours prouver que son futur poste de travail correspond parfaitement à ses qualifications scientifiques.»
Pour ce chercheur à l’EPFZ, le geste du Conseil fédéral vise surtout à contrer une initiative parlementaire déposée par Jacques Neirynck. Le projet du conseiller national PDC va en effet bien plus loin que celui du Conseil fédéral. Il vise carrément à changer la loi, en y ajoutant une nouvelle exception pour les étudiants étrangers. Si son texte est accepté l’année prochaine, les problèmes liés aux contingents et à la qualification des diplômés seraient, selon le Vaudois, réglés.
Mais pour notre étudiant canadien, ce sera sans doute déjà trop tard.