«La croix est un symbole de mort, de violence et de pouvoir. Je trouve complètement déplacé d’aller en mettre sur le sommet des montagnes», lance Patrick Bussard (48?ans), guide de montagne.
On peine à croire que ce chevelu d’un calme olympien, assis en tailleur dans son chalet de Moléson (FR), est le vandale qui a profané la croix du Vanil-Noir en octobre 2009. Et l’enragé qui a scié celle des Merlas, un autre sommet gruérien, le mois dernier. Deux actes qui ont provoqué la colère et la consternation en Gruyère.
Pas d’erreur. Patrick Bussard a reconnu les faits, hier matin, quand les gendarmes sont venus sonner chez lui. Oui, c’est bien lui qui est monté sur le Vanil, seul, dans la neige, par une nuit d’octobre 2009, pour abattre la croix à son sommet.
«Je voulais la déboulonner, mais elle était scellée», dit-il. Il se contente alors de l’endommager et de la recouvrir d’un drapeau gruérien. Il récidive en février 2010 au sommet du Merlas (commune de Grandvillard), toujours de nuit. «J’avais emporté une scie dans mon sac. C’était du bois tendre, la croix est tombée en quelques minutes.»
La gendarmerie l’a identifié «au terme d’une enquête de proximité pointue», selon le juge d’instruction Jean-Luc Mooser. «Ils m’ont en partie trouvé à cause de la lettre que je viens d’écrire à la paroisse catholique pour leur dire que je veux sortir de l’Eglise», pense l’intéressé.
Catholique ayant grandi à Genève, revenu s’installer dans sa Gruyère d’origine il y a cinq ans, ce guide de montagne a, on le présume, un sérieux contentieux avec la religion. «Avec le catholicisme bien sûr, qui a commis des cruautés et des massacres tout au long de l’histoire, pense-t-il, mais surtout avec toutes les religions. Je trouve aberrant que les gens se battent pour quinze dieux différents. La religion est un problème partout.»
Mais que font ces deux statues de Bouddha sur sa cheminée? «Souvenirs de voyage, assure-t-il. Je ne suis pas bouddhiste ni à la solde d’aucune secte.» Cet athée militant prononce tout de même le mot «mission». Il sentait qu’il «devait «ouvrir le débat avec un geste fort, secouer le cocotier». Il aimerait susciter une discussion publique, et «pourquoi pas, une initiative populaire sur la place des symboles religieux».
«On se sent plus proches du Bon Dieu»
Pas sûr que les Gruériens goûtent cette façon de débattre! Le préfet de la Gruyère, Maurice Ropraz, parlait de «tolérance zéro» le mois dernier en dénonçant à la justice une atteinte à la liberté de croyance et de culte.
La commune de Bas-Intyamon, elle, a déposé une plainte pour atteinte à la propriété. Aujourd’hui, son syndic, Roland Kaeser, ne comprend pas les motivations de Patrick Bussard: «La place de ces croix est là-haut! En arrivant au sommet d’une montagne on fait le signe de croix, on se sent plus proches du Bon Dieu.»
Nicolas Betticher, vicaire général du diocèse, qui exprimait sa «consternation» le mois dernier dans La Liberté, veut bien «ouvrir le dialogue avec l’auteur de ces actes. S’il souhaite débattre, alors débattons… mais qu’on ne commence pas par abattre des croix.» Patrick Bussard ne ressent pas de culpabilité pour son geste. Il se dit «simplement désolé d’avoir pu blesser des paroissiens ou des gens en particulier, car ce geste avait une portée générale».
Il ne craint pas les éventuelles représailles: «Je suis prêt à assumer les réactions, même négatives, mais qu’on s’en tienne aux mots.» Devant la justice, il risque au moins 180?jours-amendes.