ÉLECTRICITÉ

Le crépuscule des vieilles lampes est planifié dans toute l’Europe

Par EMMANUEL BARRAUD le 10.12.2008 à 00:01

En interdisant les ampoules les plus gourmandes dès 2012, la Suisse économisera l’équivalent de la consommation de 80?000 ménages.

Le glas d’une aberration énergétique qui aura duré près de cent trente ans a sonné. D’ici à 2012, en Suisse comme en Europe, il sera interdit de commercialiser des lampes à incandescence, dont la technologie n’a guère évolué depuis l’invention de Joseph Swan et de Thomas Edison (lire ci-dessous) . Des lampes dont il n’est pas exagéré de dire qu’elles grillent du courant, puisqu’à peine 5% de l’énergie qu’elles dévorent produit de la lumière, le reste étant perdu en chaleur.

Lundi, l’Union européenne a présenté le calendrier qui mènera à la disparition de ces bulbes. Plus de lampes à 100 W dès le 1er septembre prochain. Celles à 75 W suivront le même chemin un an plus tard. Et dès septembre 2012, tout luminaire échauffant un filament sera banni des étals.

L’étiquette comme critère

La Suisse a empoigné le problème par l’autre bout. Dans son propre calendrier, il sera interdit dès le 1er janvier prochain de commercialiser des lampes dont «l’étiquette-énergie» affiche les valeurs F ou G – catastrophiques –. Soit principalement des ampoules spéciales à faible puissance et certaines lumières d’ambiance, qui représentent environ un quart du marché des lampes à incandescence. L’économie ainsi réalisée correspond, selon les calculs de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), à la consommation de 10?000 ménages.

La seconde phase pourrait entrer en vigueur dès 2012. Si le gouvernement l’approuve, les lampes de catégorie E seront alors, elles aussi, bannies. «Cela revient à une interdiction pure et simple des ampoules à incandescence actuellement sur le marché», traduit Matthieu Buchs, porte-parole de l’OFEN. Cette fois, c’est l’équivalent énergétique de quelque 80?000?ménages qui pourrait être épargné par rapport à la situation actuelle.

Trop conciliant

Mais l’Agence suisse pour l’efficacité énergétique (S.A.F.E.) regrette ce choix, jugeant ces catégories «trop conciliantes pour les fabricants». «En outre, beaucoup d’exceptions échappent à l’étiquette-énergie: par exemple tous les spots et des ampoules décoratives», explique Christa Mutter, responsable du S.A.F.E. pour la Suisse romande. Qui souligne que ces mesures favorisent les halogènes, plutôt que les ampoules fluorescentes économiques, même s’ils sont deux fois moins performants.

Directeur marketing pour la Suisse chez Osram, l’un des plus importants producteurs d’ampoules au monde, Hans-Rudolf Bosshard ne cache pas qu’il voit l’avenir à moyen terme de sa production dans les halogènes. «Nous travaillons à les améliorer pour que ces lampes passent de la classe D à la classe C», explique-t-il. Ce qui leur assurera encore bien des années de marché en Europe. Sans compter les pays émergents qui se satisferont encore longtemps des bons vieux bulbes, en raison de leur faible prix d’achat et de l’absence de toute régulation.

Consciente des tares d’une réglementation qui veut aussi ménager les intérêts de l’industrie, l’OFEN tâche de compenser en sensibilisant le public. Depuis deux ans, les Energy days convainquent de plus en plus d’usagers qu’il est valable d’investir dès aujourd’hui dans les ampoules économiques, même si elles sont plus chères à l’achat. D’autant plus que beaucoup de leurs défauts de jeunesse – lenteur à l’allumage, notamment – ont désormais été gommés.

 


«Il vaut mieux réussir à se passer d’éclairage!»

La lumière, c’est 14% du courant consommé en Suisse. Augmenter l’efficacité des ampoules est donc une mesure nécessaire. Ainsi que l’amélioration du mode stand-by des appareils électroniques, pour lequel on estime qu’une consommation d’un demi-watt serait tolérable, la meilleure option restant leur extinction totale.

Du côté de l’Energy Center de l’EPFL, ces questions sont au cœur des travaux. Les chercheurs s’appliquent notamment à développer la technologie LED, appelée à prendre à long terme la relève, selon Hans-Björn Püttgen, le directeur du centre. «Mais il faut penser plus loin, ne pas se satisfaire de changer les ampoules, estime le scientifique. Par exemple, le recours à ces LED sera beaucoup plus intéressant si on multiplie les sources de lumière dans une pièce pour créer une ambiance.»

Dans ses laboratoires, on réfléchit aussi à la manière d’utiliser tout simplement moins de lumière artificielle. «Ces recherches touchent aussi l’architecture, reprend-il. Nous étudions comment amener davantage de lumière naturelle à l’intérieur des bâtiments, en repensant les façades et les fenêtres.»

Avant d’en arriver là, les ampoules économiques restent une bonne solution transitoire. Elles consomment durant leur vie – fabrication, utilisation et recyclage compris – 80% d’énergie en moins que les ampoules à incandescence, selon les calculs d’Osram. L’halogène, lui, ne permet d’économiser que 30% de cette énergie.

E. BA.

 

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