DIPLOMATIE

Course contre la montre pour sauver le secret bancaire

Par Serge Gumy le 09.03.2009 à 00:02

Hans-Rudolf Merz reçoit le soutien du Luxembourg et de l’Autriche. Mais pour éviter d’être traitée de paradis fiscal, la Suisse songe à élargir l’entraide judiciaire.

On a les amis qu’on peut. Sommée d’assouplir son secret bancaire, la Suisse s’est en tout cas trouvé deux alliés: l’Autriche et le Luxembourg. Réunis hier après-midi au Grand-Duché, à l’initiative de Hans-Rudolf Merz, les ministres des Finances des trois Etats ont fait front face aux pressions: non, ils n’aboliront pas leur secret bancaire, ont-ils déclaré de concert.

«L’établissement de listes noires, sans que la Suisse soit consultée, doit être évité», a par ailleurs lancé le président de la Confédération lors d’une conférence de presse. Mais pour lui, le temps presse: dans cinq jours, les ministres des Finances du G20 – forum des grandes puissances économiques mondiales, dont la Suisse ne fait pas partie – se réunissent à Londres pour préparer leur grand sommet du 2 avril. Et il est fort probable qu’ils inscriront la Suisse au rang des Etats non coopératifs.

Berne a son mot à dire
«Notre objectif est de demander à être intégré dans le processus d’établissement des listes noires», espère encore Hans-Rudolf Merz. Qui clame que la Suisse «n’est pas un paradis fiscal. Elle coopère» avec les instances étrangères, a souligné le président de la Confédération. Avec ses collègues luxembourgeois, Luc Frieden, et autrichien, Josef Pröll, les trois Etats se disent toutefois prêts «à dialoguer pour trouver des pistes communes afin de renforcer la lutte contre les délits fiscaux».

Encore faudra-t-il convaincre Barack Obama, Nicolas Sarkozy ou Gordon Brown que la Suisse adopte une attitude plus conciliante. Ses dirigeants politiques et économiques ne ménagent en tout cas pas leurs efforts pour le faire savoir. «Le secret bancaire est important pour les banques suisses mais il n’est pas le seul facteur de leur succès, il n’est plus le plus important», lâche ainsi Kaspar Villiger dans la SonntagsZeitung. Et dire que le nouveau président du conseil d’administration d’UBS déclarait le secret bancaire «non négociable» à l’époque où il siégeait encore au Conseil fédéral! Le voilà qui manifeste désormais sa compréhension pour la politique si celle-ci étend l’entraide judiciaire à d’autres délits fiscaux. En clair, si elle abolit la distinction très helvétique entre fraude et évasion fiscales.

Et la politique en prend le chemin, à en croire le secrétaire d’Etat Michael Ambühl: «Le secret bancaire en soi n’est pas contesté. Mais la question-clé, finalement, est de savoir comment la Suisse doit imaginer à l’avenir sa collaboration internationale en matière de délits fiscaux», admet le bras droit de Micheline Calmy-Rey aux Affaires étrangères dans l’hebdomadaire Sonntag. Quitte à poursuivre aussi l’évasion fiscale, ce qu’elle ne fait pas aujourd’hui? «Oui, en dernière analyse, c’est de cela qu’il s’agit.»

Le Conseil fédéral a mis sur pied un groupe d’experts pour lui proposer d’ici deux semaines des changements de loi. Pas sûr qu’il attende ce moment pour abattre ses cartes. La pression internationale est forte et elle a déjà fait plier des places financières coriaces. Vendredi dernier, Singapour annonçait ainsi un assouplissement de son secret bancaire, selon le Financial Times . Hongkong avait auparavant déjà promis qu’il procéderait à un ajustement de ses lois aux standards internationaux.
 



La diplomatie suisse avait bien senti venir la tempête

Depuis plusieurs semaines, la Suisse se trouve dans l’œil du cyclone en raison de son secret bancaire et des agissements passés d’UBS aux Etats-Unis. Mais comment sa diplomatie n’a-t-elle pas vu les nuages s’amonceler? «Les rapports de notre ambassade de Washington démontraient sans équivoque où se situaient les défis», se défend le secrétaire d’Etat Michael Ambühl (Photo: Salvatore di Nolfi / KEYSTONE) dans l’hebdomadaire alémanique Sonntag . Et le bras droit de Micheline Calmy-Rey d’assurer: «Notre diplomatie a rempli au mieux sa mission de système de détection des dangers. Toutes les instances directement concernées par ce dossier à Berne étaient informées.» Y compris les conseillers fédéraux, ajoute-t-il.

Les ministres helvétiques n’auraient-ils pas toutefois dû activer plus tôt leurs contacts? Ont-ils négligé les relations avec le nouveau gouvernement américain de Barack Obama? Michael Ambühl s’agace. «Le nouveau gouvernement est en place depuis deux mois seulement. Pourtant, Eveline Widmer-Schlumpf a déjà rencontré le ministre américain de la Justice et ma cheffe de Département (ndlr: Micheline Calmy-Rey) a rencontré la ministre des Affaires étrangères des Etats-Unis», Hillary Clinton, vendredi à Genève.

Au-delà de ces contacts au plus haut niveau, le secrétaire d’Etat Michael Ambühl ne croit pas à l’utilité d’une vaste campagne de relations publiques aux Etats-Unis pour redorer l’image de la Suisse. «Une communication plus intensive ne ferait pas baisser la pression sur le secret bancaire. Ce n’est pas un problème de communication. C’est une question de concurrence. Et de bonne définition du secret bancaire.

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