«Nous jouons la transparence.» Jean-Marie Bornet, chef de l’information à la police valaisanne, a répété cette phrase à maintes reprises, hier à Brigue (VS). Suite à l’accident de train qui a fait un mort et quarante blessés vendredi dans la vallée de Conches, la police et la compagnie Matterhorn Gotthard Bahn avaient donné rendez-vous aux médias dans les hangars de l’entreprise ferroviaire. L’occasion de faire le point, mais aussi de répondre aux questions de nombreux journalistes japonais.
«Nous sommes en train de contrôler les bogies des wagons impliqués dans l’accident, de même que l’écartement des axes et les freins», résume l’expert fédéral Walter Kobelt. Derrière lui, les deux dernières voitures du convoi, éventrées, rappellent le drame. Elles n’ont pour l’instant rien révélé d’anormal aux trois spécialistes qui les auscultent.
Deux victimes maintenues dans le coma
La vitesse du convoi a été analysée grâce aux données fournies par la boîte noire, mais celles-ci doivent encore être comparées avec d’autres paramètres. La géologie et conditions météo sont également étudiées. Seule piste concrète évoquée hier: le mécanicien aurait vu une déformation des rails, mais trop tard pour freiner. Par la suite, les voies étaient trop abîmées pour le confirmer. Il faudra donc attendre pour en savoir davantage. Les investigations pourraient fournir des résultats intermédiaires cette semaine encore.
Côté médical, douze Japonais et une Suissesse sont encore à l’hôpital, dont deux au CHUV et une aux HUG. Sept Japonais sont blessés gravement et deux victimes sont maintenues dans un coma artificiel. Mais leur état est stabilisé.
Opération médiatique
Informations d’un expert fédéral. Présentation des wagons endommagés. Renseignements d’un médecin. Nouvelles condoléances des responsables de la compagnie, qui ont également exprimé leur sympathie pour les victimes. Le tout en français, en allemand et en anglais. Les autorités et l’entreprise ferroviaire ont tout fait, hier, pour informer les médias.
Car l’affaire est suivie de près, en particulier au Japon. «Nos quinquagénaires adorent ce train, raconte un journaliste tout juste arrivé de Tokyo. Certains viennent exprès en Europe pour le prendre.» Un quart des clients du Glacier Express sont originaires d’Asie, mais le récent accident, relayé à la une des médias, a un peu terni cette carte postale et donné «un sentiment d’insécurité».
Ligne rouverte trop tôt?
Désormais, l’opinion publique nippone s’interroge sur la réouverture de la ligne ce dimanche déjà, soit avant les résultats de l’enquête. «Les gens ont le sentiment que c’était trop rapide, confirme une journaliste. Est-on certain qu’il n’y a plus de danger?»
Oui, assurent les experts: des tests ont été effectués et, sur le lieu de l’accident, les convois ne dépassent pas les 10?kilomètres heure.
Ces arguments feront-ils mouche? «Jusqu’à présent, nous n’avons pas constaté de vague d’annulations, mais les gens nous demandent de prendre le bus plutôt que le train», répond Roger Zbinden, directeur de la région Asie chez Suisse Tourisme, qui était lui aussi à Brigue.
Hier, en tous les cas, les journalistes nippons ont perçu les efforts déployés. «On sent que les autorités font tout leur possible, commente une présentatrice TV. C’est formidable. Bien sûr, il y a une question d’image, mais pas seulement.»