LAÏCITÉ

Le cas explosif de la joueuse voilée

Par Martine Clerc le 04.12.2009 à 00:02

Après le vote antiminarets, le combat en justice de la jeune basketteuse lucernoise alimente la polémique: musulmane, elle refuse de quitter son foulard pour jouer. Malaise des instances dirigeantes du basket.

Le cas Sura al-Shawk recèle un potentiel explosif. Après la votation antiminarets, il risque bien de focaliser la colère de ceux qui exigent l’interdiction de la burqa ou du voile islamique à l’école. Sura al-Shawk, basketteuse lucernoise de 19?ans, se bat, elle, pour pouvoir participer au championnat interrégional de son équipe, le STV Lucerne, la tête couverte d’un discret foulard. La fédération régionale Probasket le lui a interdit l’été dernier, expliquant que le règlement de la FIBA (fédération internationale) prohibait le port de symboles religieux sur un terrain. La FIBA a confirmé.

Depuis, l’affaire fait grand bruit en Suisse alémanique, et aussi dans les médias du monde entier. «La Suisse devrait respecter la liberté religieuse», répète Sura al-Shawk, Suissesse d’origine irakienne. Elle poursuit Probasket en justice «pour atteinte à la personnalité», explique son avocat zurichois, le conseiller national Vert Daniel Vischer. En attendant le jugement, il a demandé de suspendre l’interdiction de jeu.

Mauvaise raison
Dans le milieu du basket, on se tire les cheveux. Pourquoi les fédérations ont-elles brandi la question religieuse, et allumé la mèche, alors qu’il suffisait d’invoquer un point purement technique du règlement? «Le règlement de jeu international FIBA est suffisamment clair: il interdit tous les accessoires dans les cheveux, sauf le port d’un bandeau d’une largeur maximum de 5 centimètres.» François Stempfel, directeur de Swiss Basketball, ne remet pas en cause la décision de Probasket, mais sa justification. «Nulle part dans le règlement ne figure une mention à des symboles religieux», appuie-t-il. Le patron de la fédération suisse regrette que, après le scrutin de dimanche dernier, «le contexte émotionnel ne permette pas de mener le débat sereinement».

Quant aux symboles religieux, ils restent bel et bien visibles ici et là sur les terrains de Suisse. Généralement sous forme de tatouages, autorisés par le règlement officiel. «Certains joueurs ont les bras couverts de croix chrétiennes, et je n’ai jamais vu quelqu’un s’en plaindre», explique l’arbitre alémanique Drazen Kondzic. Quant aux petites croix ou aux étoiles de David en métal accrochées à une chaînette, elles tombent, elles, sous le coup d’une interdiction au même titre que tous les bijoux qui pourraient blesser les autres joueurs.

Revirement des instances
Prise à partie, la Fédération internationale de basket admet, via son porte-parole, que «la question est très sensible». Et les juristes se sont mis en quatre pour apporter une réponse, qui diffère de celle apportée en début d’automne. Plus question de religion! La FIBA se base sur ses règlements officiels concernant l’uniforme des joueurs «qui consiste en un maillot et un short». Les basketteurs ne doivent pas porter d’équipement susceptible de blesser un autre joueur, ni de couvre-chefs, d’objets dans les cheveux ou de bijoux, spécifiquement interdits. «Cette règle n’a strictement rien à voir avec la religion, insiste Benjamin Cohen, juriste à la FIBA. Elle interdit le port du voile au même titre que tout autre couvre-chef.»

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