«Mon but n’est pas de créer un problème à Swisstopo (ndlr: le centre de géoinformation de la Confédération) mais de montrer qu’il y a un vrai problème.» Philippe Metzker, 86?ans, a consacré une belle partie de sa vie à la montagne. Il a gravi septante 4000?mètres des Alpes et a réalisé, mise en pages comprise, une douzaine de guides de randonnées remarquables aux Editions du Club Alpin. Et, comme auteur, il a tout naturellement reçu, en juillet dernier, un exemplaire du Swiss Map online, un nouveau logiciel pour accéder à l’ensemble des cartes nationales suisses.
Une offre qui fait suite à une loi votée par les Chambres qui demande que les données géographiques soient mises à disposition du public à des conditions moins onéreuses. «J’ai découvert un logiciel très complet, clair et facile à mettre en œuvre. Un outil très utile vendu à un prix intéressant de 49?fr. pour la première année d’utilisation et 29?fr. pour les années suivantes.»
Cartes périmées
A condition bien sûr que les données géographiques soient actualisées, comme le promet Swisstopo dans sa publicité. «J’ai malheureusement découvert que la version des cartes nationales visibles avec ce logiciel n’est pas récente et porte de graves lacunes. Elle montre le terrain tel qu’il était il y a cinq ou dix ans sans tenir compte des modifications intervenues depuis ces dates. Il y a des endroits impraticables. C’est dangereux pour ceux qui travaillent au GPS. On peut comprendre qu’il soit difficile de modifier les cartes papier. Cela ne devrait pas être le cas pour les cartes digitales.»
En effectuant ses recherches, Philippe Metzker a ainsi découvert plusieurs «gros problèmes», dont deux en Suisse romande. «Le premier porte sur le sentier qui part de la Cabane d’Orny pour rejoindre celle du Trient. Le sentier indiqué sur la carte passe au sud du lac. Il est difficilement praticable et dangereux. Depuis 2004, un nouveau chemin a été aménagé par le nord du lac mais il est toujours ignoré par la carte.»
Le second cas concerne la liaison entre la cabane du Trient et celle de Saleina mentionnée sur la carte du logiciel. «Or, ce secteur est impraticable depuis plus de cinq ans. J’ai écrit à Swisstopo, je n’ai pas reçu de réponse. Ce qui me chagrine, c’est que par le passé on a bien travaillé ensemble.»
La situation sur le terrain évolue plus vite qu’il y a cinquante ans, à cause du réchauffement, du retrait des glaciers, de leur diminution en volume et de la fonte du permafrost qui affaiblissent considérablement les moraines, de la multiplication des visites aussi.
Chez Swisstopo, on ne veut surtout pas dramatiser. Pour Daniel Boegli, les choses sont claires: «On a un rythme pour la mise à jour des cartes. Une région sur six est actualisée chaque année. Et les cartes digitales sont à la même enseigne que les cartes papier. Techniquement, pour le moment, ce n’est pas possible de faire mieux, C’est, certes, un inconvénient pour nos clients. A terme, cela devrait changer. Mais on continue de collecter tous les changements pour la prochaine édition.»
Par ailleurs, Daniel Boegli est sûr de pas avoir reçu la lettre de M. Metzker. «J’aurais immédiatement réagi. Il peut m’envoyer un mail, je serais très heureux de recevoir ses informations.»
Histoire d’une passion
De son propre aveu, Philippe Metzker a eu beaucoup de chance dans la vie.
Tout petit, son père l’emmenait en montagne pour voir les fleurs du côté de Salanfe. Puis, au collège de Morges, il est devenu un vrai mordu des courses en montagne grâce à un professeur de français qui sera, plus tard, son compagnon de cordée.
Employé des CFF, il a effectué un stage à Davos où, grâce à des horaires appropriés, il a pu skier presque tous les jours en hiver. Un gros pépin de santé dans les années 79-80 va l’obliger à mettre un terme à son travail au CFF. Il en profitera pour vivre une seconde carrière. Pour le Club alpin suisse, il aura ainsi l’occasion d’écrire une douzaine de guides de randonnées. «C’était une période superbe de mon existence.»
Exemple de carte non actualisée

De la Cabane d’Orny à celle du Trient, l’ancien itinéraire est toujours dessiné sur la carte nationale. Selon Philippe Metzker, en été, il faut opter pour le nouveau parcours, bien balisé. Il part derrière?la Cabane d’Orny en faisant un grand arc de cercle vers le Nord, dans les pierriers au-dessus du lac, pour aller franchir la base de l’arête rocheuse descendant au sud de l’Aiguille-d’Orny.