«Eveline, faites un geste! Supprimez des noms de la liste des Libyens interdits de visas Schengen» Voilà en substance le message que la commissaire européenne Cecilia Malmström a passé hier matin à Eveline Widmer-Schlumpf. Berne n’a pour l’instant pas répondu. Mais la marge de manœuvre est étroite, entre la nécessité de poursuivre sur une voie qui a donné des résultats – la libération d’un otage – et le risque de froisser les Européens en campant sur un refus.
Car la solidarité européenne commence à donner des signes de faiblesses. Excédées par ce qu’ils appellent «la prise d’otage de Schengen» par la Suisse qui détourne à leurs yeux les règlements pour faire pression sur Tripoli, l’Italie et Malte veulent proposer à leurs partenaires d’émettre des visas «à territorialité limitée». Ces derniers permettraient de contourner l’obstacle suisse. Ce type de visa est prévu par le «code Schengen». Mais il ne peut être octroyé que de façon «exceptionnelle» et pour des causes qui relèvent de l’humanitaire ou de l’intérêt national. C’est en quelque sorte, avec les mêmes méthodes, la réponse du berger à la bergère.
«La Suisse doit agir»
Or, ce type d’action n’est pas du goût de la Commission qui y voit «une menace pour la cohérence de la zone Schengen». La Suisse «doit agir rapidement pour y mettre fin», a déclaré Cecilia Malmström à Eveline Widmer-Schlumpf.
L’embarras des Européens, impliqués contre leur gré dans un différend qui n’est pas le leur, est palpable. A la Commission européenne, mais aussi dans certaines capitales. Madrid par exemple. La présidence espagnole de l’Union européenne a été obligée de jouer les médiateurs entre Berne et Tripoli où s’est rendu Miguel Angel Moratinos, le chef de la diplomatie espagnole. Le colonel Kadhafi lui a demandé des excuses pour le blocage des visas. Au lieu de refuser, en avançant que le principe de solidarité est à la base même des Accords de Schengen, Moratinos a relayé la demande. «En l’absence de consensus, la présidence espagnole n’a pas donné suite», explique-t-on de bonne source. Et le dossier libyen reviendra sur la table des ministres des Affaires étrangères qui se retrouvent lundi prochain à Bruxelles. L’occasion de tester la solidité de la solidarité des Vingt-Sept vis-à-vis de la Suisse.
Retour à Berne. Sous la Coupole, la rencontre entre des parlementaires suisses et italiens a débouché sur une déclaration commune relativement tiède. La délégation italienne s’est certes voulue rassurante, promettant de jouer un rôle «constructif et équilibré» dans la résolution de la crise. Le sort de Max Göldi a aussi été évoqué. Mais, lors d’une conférence de presse, les élus italiens, de gauche comme de droite, ont repris en chœur la position de leur gouvernement: dès le 5 avril, et l’application d’un nouveau règlement Schengen, l’Italie compte à nouveau délivrer des visas européens aux Libyens figurant sur la liste noire rédigée par la Suisse.
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