NUISANCE SONORE

Le bruit des cloches de l’église l’empêche de dormir, il porte plainte à Strasbourg

Par Nadine Haltiner/Zurich le 28.10.2010 à 00:00

Habitant de Gossau, Christian Frei veut que les bourdons de son village cessent de sonner la nuit.

Certains le trouvent borné, d’autres admirent son courage. Dans la région zurichoise, Christian Frei ne laisse personne indifférent. Ce père de famille de 47?ans est au centre de toutes les conversations de bistrot, depuis qu’il veut faire interdire les sonneries de cloches entre 22?h et 7?h. Habitant non loin de l’église évangélique réformée de Gossau, l’entrepreneur affirme être privé de sommeil depuis huit ans. Débouté par le Tribunal fédéral, il fait aujourd’hui appel à la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg. Une première.

«L’église sonne chaque quart d’heure, 365?jours par année, ce qui fait 3500 coups par jour, dont 220 la nuit, explique Christian Frei, debout devant l’objet du crime. Ses cloches me réveillent deux à huit fois par nuit alors qu’elles ne servent à rien.» Soutenu par deux avocats, l’homme se base sur l’article 8 de la Convention des droits de l’homme. Il stipule que toute personne a droit au respect de sa vie privée et de son domicile. «Or, l’église entre dans ma chambre à coucher chaque soir», raconte celui qui est «sorti» de l’église il y a 25?ans. Il se réfère aussi à l’article 6 qui dit que chacun a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement par un tribunal. «Or, je n’ai pas été jugé de façon impartiale», assure le plaignant.

Plus fort que les avions!

Quand il a emménagé avec sa famille dans le village de 9000 âmes, il ignorait que l’église sonnait toute la nuit. «Nous vivions à 200?mètres et nous avons été surpris quand les cloches ont retenti à 5?heures du matin.» Enervé, il se met à appeler tous les jours à cette même heure le président de la commune pour se plaindre. Mais ce dernier lui répète qu’il est hors de question de mettre fin à une «tradition».

L’entrepreneur fait mesurer le son qui pénètre dans sa chambre, lorsque la fenêtre est ouverte. 65 décibels! «C’est plus que ce qui est toléré pour les avions. Or, ces derniers n’ont plus le droit de voler après 23?heures!» Il porte plainte au Tribunal administratif de Zurich. Mais ce dernier ne veut rien savoir. Fâché, Christian Frei pousse l’affaire jusqu’au Tribunal fédéral (TF) qui le déboute à son tour. «Les juges ont estimé que les décibels n’étaient pas assez forts pour changer une culture helvétique», dit-il. D’un naturel obstiné, il mobilise alors un voisin qui vit, lui, à 50?mètres de l’église et a droit toutes les nuits à «une disco» dans sa maison.

Cette fois-ci, le TF admet que le seuil critique des décibels est atteint, mais il estime que la tradition et l’intérêt général l’emportent sur l’intérêt des particuliers. Il refuse donc d’interdire les cloches durant la nuit, arguant qu’un tel arrêt vaudrait pour tout le pays.

Une décision qui réjouit le président de Gossau. «Dans notre village, la plupart des gens sont croyants, explique Jörg Kündig. Pour eux, un son de cloche n’est pas un bruit.» Campant sur ses positions, il ne voit pas la Cour européenne prendre une décision qui vaudra pour toute l’Europe. «De toute façon, cela va prendre des années», sourit le radical.

En attendant, Christian Frei devra dormir avec des boules Quies. Ou déménager? «A quoi bon? conclut-il. Il y a 5000 églises en Suisses et la majorité sonne la nuit!»

Biens immobiliers

Marché
Recherche immobilière

Liens Immobiliers
Déménager
Comparer hypothèques
Habiter
Publier une annonce
Saisir votre annonce

Service clients

Contact
  • Abonnement et renseignements
    Nous contacter lu-ve 8h-12h / 13h30-17h
    Tél. 0842 824 124, Fax 021 349 31 69
    Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
    Adresse postale:
    Service clients CP 585 - 1001 Lausanne

Sondage

Vous offrez-vous des croisières sur les bateaux Belle Époque du Léman?