Bourde ou pas? Les propos tenus par Micheline Calmy-Rey mercredi soir soulèvent soit un torrent d’indignation, soit un haussement d’épaules. Ainsi, la ministre des Affaires étrangères, invitée à un débat organisé à Bâle par l’hebdomadaire allemand Die Zeit , a été interrogée sous forme d’hypothèse: «Si vous étiez ministre allemand, auriez-vous acheté des données volées?»
«Comme ministre des Finances, oui, j’y aurais réfléchi très fort. Chaque ministre des Finances lutte contre l’évasion fiscale, c’est normal», a répondu la conseillère fédérale. Si la question est hypothétique, la réponse est rhétorique. Micheline Calmy-Rey a fait une litote, cette figure de style qui permet de déguiser sa pensée tout en faisant comprendre sa position. Mais, il est vrai, elle n’a pas dit qu’elle «aurait acheté» les données…
Les images diffusées par la télévision alémanique quittancent cette version que défend le Département des affaires étrangères (DFAE). Ce dernier insiste: la Genevoise a défendu la position du gouvernement tout au long du débat. Pour mémoire: l’après-midi même, Hans-Rudolf Merz avait condamné l’achat par l’Allemagne de ces listes volées de fraudeurs. En revanche, un peu plus tard dans le même débat, la ministre ajoute à propos de la stratégie de défense de la place financière en général: «Il n’y a pas de consensus au Conseil fédéral. Il n’y a aucune stratégie visible. Nous devons nous montrer plus décidés.»
Malaise au Conseil fédéral? Rupture de collégialité? Le Département des finances de Hans-Rudolf Merz ne commente pas. Le porte-parole du Conseil fédéral, André Simonazzi, balaie la polémique: «On essaie de monter en épingle une affaire qui n’en est pas une, en sortant une citation de son contexte.»
Contexte ou pas, les réactions sont vives: antipatriotisme! Traîtrise! Démission! Le président du PLR, Fulvio Pelli, ne va pas aussi loin, même s’il a peu goûté cette rhétorique «très maladroite. Tout le monde sait qu’il ne faut jamais commenter une question hypothétique. A moins qu’on veuille susciter une polémique!» Curieusement, tous les UDC ne s’émeuvent pas. «Quand est-ce que Merz comprendra que c’est une guerre fiscale avec l’Allemagne. Avec son sourire béat, on dirait Oui-Oui s’amuse… Voilà qui m’indigne!» tonne le vice-président de l’UDC Yvan Perrin. «J’ai de la compréhension pour Mme Calmy-Rey: sa phrase démontre qu’elle est consciente des enjeux!»
Diversion de la droite?
Le président du PS, Christian Levrat, s’indigne qu’on soupçonne son parti d’antipatriotisme: «C’est du n’importe quoi! A la fin, la droite devra bien accepter que le PS avait raison. La stratégie est fausse. Notre place financière perd en crédibilité à chaque épisode. La droite a fait du secret bancaire un veau d’or: elle portera la responsabilité de cette déroute en rase campagne.» En Allemagne, on n’a que faire de la rhétorique: le gouvernement du Land allemand Rhénanie-du-Nord-Westphalie a reçu le feu vert de son ordre juridique pour acheter les données bancaires de présumés fraudeurs du fisc allemand.
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