SAXON (VS)

Bernard Rappaz de retour chez lui

Par SERGE GUMY le 30.07.2010 à 00:04

Le chanvrier valaisan a pu réintégrer sa ferme mercredi soir. Il continuera d’y purger sa peine sous surveillance, en attendant que le Tribunal fédéral statue sur son sort.

Il marche devant sa ferme en regardant l’objectif droit dans les yeux. Sous son parapluie, Bernard Rappaz effectue sa première promenade depuis son retour à l’Oasis, son domaine de Saxon (VS). Mais ses pas sont limités par des bandes plastiques blanches et rouges. Rappaz ne marche pas en homme libre. Il est chez lui, mais toujours en prison.

Comme décidé par la conseillère d’Etat valaisanne Esther Waeber-Kalbermatten, c’est en effet à domicile qu’il continue de purger sa peine de 5?ans et 8?mois pour trafic de chanvre et gestion déloyale aggravée (entre autres). En contrepartie, le chanvrier s’est engagé à stopper sa grève de la faim, qui, avec des interruptions, s’est étalée au total sur 110?jours.

«C’est bon de se retrouver dans son foyer», explique-t-il au téléphone. Car si ses visites sont limitées à ses proches et à 90?minutes par semaine – sa fille de 12?ans devrait être la première à en profiter –, Rappaz passe son temps à répondre aux journalistes via le portable de son colocataire Boris Ryser.

Il reprend du poids
«Le moral est bon. J’ai repris 3 kilos sur les 30 perdus pendant ma grève de la faim, explique le prisonnier. Je marche depuis mercredi sans mes béquilles. Mais je dois refaire de l’exercice pour reconstituer ma masse musculaire.» Dans son appartement, Bernard Rappaz est libre de toute surveillance. C’est aux abords de la ferme que sont postés les deux agents de sécurité qui montent la garde vingt-quatre heures sur vingt-quatre. «Ils viennent régulièrement à ma porte contrôler que je suis là. Mais je ne cherche pas à m’évader.»

Le périmètre de sa propriété n’est pourtant entouré que de bandes plastiques, agrémentées à plusieurs endroits d’une pancarte: «Défense d’entrer, propriété privée». L’accès à l’Oasis est certes barré, mais le traitement réservé au détenu demeure un traitement de faveur. Et il compte bien en profiter jusqu’à novembre et au débat prévu au Grand Conseil valaisan sur sa demande de grâce – dont les chances paraissent extrêmement limitées.

Esther Waeber-Kalbermatten lui fera-t-elle ce cadeau? Jointe hier, la ministre socialiste s’est refusée à tout commentaire. Tout dépendra en fait de la décision du Tribunal fédéral. Le 26 août au plus tard, celui-ci statuera sur la demande d’interruption de peine déposée par le chanvrier, qui espérait par ce biais pouvoir se rétablir de sa grève de la faim. Mais comme il se réalimente (lentilles, jambon et pommes de terre hier à midi pour son premier menu), le TF pourrait considérer cette requête désormais sans objet, admet Me Aba Neeman. L’avocat de Bernard Rappaz espère plutôt que les juges de Mon-Repos en profiteront pour fixer des règles claires pour la suite de l’exécution de la peine de son client. Notamment si ce dernier reprenait sa grève de la faim.

«Toutes les options ouvertes»
En effet, l’intéressé n’exclut pas cette hypothèse au cas où il devrait réintégrer la cellule. «Je laisse toutes les options ouvertes.» Même s’il sait que l’opinion, en Valais, lui est largement hostile. «Je comprends la lassitude des gens. Mais pas n’importe qui fait une grève de la faim.»

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