HOMICIDES

Les armes à feu au cœur des drames familiaux

Par JUDITH MAYENCOURT le 09.02.2010 à 00:02

Une étude criminologique le démontre: en Suisse, les auteurs de drames familiaux recourent trois fois sur quatre aux armes à feu et, très souvent, il s’agit d’une arme de service. Voilà qui apporte de l’eau au moulin des adversaires de l’arme détenue à la maison.

En avril 2006, l’ancienne championne de ski Corinne Rey-Bellet tombait sous les balles de son mari. Son frère, Alain, était également abattu, leur mère grièvement blessée. Quatre jours plus tard, le corps du mari de la skieuse était retrouvé sans vie dans l’Est vaudois.

Ce drame familial, le troisième en moins d’une année, lançait un vaste débat sur les armes de service. C’est ce débat qui a incité le criminologue et professeur de droit pénal Martin Killias à lancer une recherche scientifique pour mieux comprendre le rôle joué par les armes à feu dans les drames familiaux.

Les résultats viennent d’être publiés dans une revue médicale américaine. Ils confirment ce que l’on soupçonnait: les armes à feu sont au cœur d’une grande majorité des drames familiaux. Septante-cinq homicides-suicides commis entre 1981 et 2004 en Suisse romande ont été examinés. Dans les trois quarts des situations, les auteurs ont fait feu sur leurs victimes avant de se donner la mort.

Hommes meurtriers
Faute de données précises, la proportion des armes de service n’a pas pu être précisée, mais elle est importante. Autre chiffre impressionnant: dans 88% des cas, le meurtrier est un homme. La majorité des victimes sont des femmes. Le plus souvent, il s’agit de l’épouse du meurtrier.

«L’étude suisse confirme ce que d’autres études internationales ont montré: lorsque l’accès aux armes à feu est aisé, celles-ci jouent un rôle prépondérant dans les drames familiaux. La Suisse n’est donc pas un cas à part», explique Silke Grabherr, médecin légiste à l’Institut universitaire de médecine légale de Lausanne.

Pas de conclusions politiques
La chercheuse ne veut pas pour autant tirer de conclusions politiques. «Pour l’heure, on n’a pas assez de données scientifiques pour dire que, en rendant plus difficile l’accès aux armes à feu, on pourrait diminuer le nombre d’homicides-suicides. Mais c’est une hypothèse qui a été vérifiée à l’étranger.»

Cette étude pourrait bien redonner vigueur à l’initiative populaire lancée par la gauche et les milieux féministes contre les armes de service à domicile. Pour l’instant, ses auteurs se contentent d’une recommandation prudente: une loi sur les armes plus stricte pourrait être un facteur de prévention des homicides-suicides en Suisse romande.

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