Dick Marty critique vivement l’absence de poursuites pénales contre les agents de la CIA en Europe. De nombreux pays ont volontairement entravé les enquêtes, accuse l’ancien rapporteur du Conseil de l’Europe.
Même en Suisse, les droits de l’homme ne sont pas une priorité.
La situation est particulièrement frappante en Roumanie. Bucarest «a toujours contesté toutes les accusations. Mais il y règne un climat incroyable. Certains informateurs tremblaient littéralement en me parlant, tellement ils avaient peur», a dit le vice-président de l’Organisation mondiale contre la torture dans une interview publiée mercredi par le «Tages-Anzeiger» et le «Bund».
M. Marty critique aussi l’attitude de la Pologne et de la Lituanie, deux pays accusés d’avoir joué un rôle particulièrement actif dans les transferts de personnes soupçonnées de terrorisme. Il affirme avoir eu l’impression que dans ces deux pays, on a voulu faire cesser les enquêtes.
Schizophrénie italienne
Pour le conseiller aux Etats (PLR/TI) sortant, la justice la plus active a été celle d’Italie: 22 agents américains y ont été condamnés pour l’arrestation et le transfert de l’ancien imam de Milan Abou Omar et les responsables des services secrets transalpins ont été désignés. «Mais le gouvernement italien a tout fait pour boycotter cette enquête», déplore-t-il.
Selon lui, les responsables européens étaient conscients d’avoir mené des actions criminelles. «Mais les pays s’étaient engagés auprès de l’OTAN à conserver le secret (sur ces actions) et avaient promis l’immunité aux agents américains».
La Suisse pas épargnée
«Pour moi, le 11-Septembre est une catastrophe, parce que nous (les Européens) avons perdu notre rôle d’exemple par notre propre faute», affirme M. Marty. Les attentats ont «créé un climat dans lequel les bactéries du populisme de droite et du nationalisme ont pu proliférer».
Et la Suisse n’est pas épargnée: le droit international y est également miné et les droits de l’homme n’y ont aucune priorité. «Dans les prêches du dimanche, les politiciens parlent volontiers des droits de l’homme. Mais dans les faits, ils ne jouent pas un grand rôle», regrette l’ancien procureur tessinois.