Sur les pentes de Whistler, qui servent de décor aux époustouflantes épreuves alpines des Jeux paralympiques de Vancouver, les handicapés physiques ou visuels ont remplacé les stars du cirque blanc. Mais plus que ceux des valides, leurs exploits relayés par Euro-sport ne laissent pas insensible. Pour eux plus que pour quiconque, le dépassement de soi a une valeur hautement symbolique.
«Dès l’âge de 9?ans, faire du ski ou du patin, c’était pour moi réussir quelque chose comme les autres, surmonter mon handicap», relève Natacha de Montmollin, de Boudry. Agée aujourd’hui de 37?ans, mariée et mère de Solène, Méline et Julien, elle ne perçoit que des variations de luminosité. Alors qu’elle était encore Yverdonnoise et se nommait Chevalley, elle s’était parée des titres mondiaux de géant, super-G et combiné en 1990, de géant à nouveau en 1996. Une pionnière!
L’IMPORTANCE DU GUIDE
Mais pour Natacha, faire du sport – elle fut aussi championne d’Europe de cyclisme en tandem avec Jean-Mary Grezet –, c’était inévitablement mobiliser un accompagnateur. Ce fut longtemps son beau-père, Jean-Pierre Streit, pour ses premiers lauriers. Puis, Pascal, un camarade de volée en cours d’informatique, qui l’a guidée vers son dernier titre. «Un sacré challenge, accepté par amitié, car il a suivi deux week-ends de formation et une semaine de cours pratique, se souvient Natacha. Pour que l’alchimie prenne, il faut un bon feeling entre le skieur et son guide. Mais aussi une bonne technique de ce dernier, qui doit être capable de se retourner et de rester toujours à 5 ou 6?mètres du skieur. D’ailleurs, si cet accompagnateur n’est pas en forme, l‘athlète le ressent. Mais en cas de succès, les deux touchent la médaille. Le ski devient ainsi vraiment un sport d’équipe.» L’expérience de Natacha de Montmollin remonte à près de 15?ans. Mais aujourd’hui encore les handicapés choisissent leur guide. «Comme il est question de feeling, de sensations, eux seuls peuvent opérer le bon choix», précise Sandra Streit, de Swiss Paralympic.
EMPLOI DU MICROPHONE
Une fois en piste, le skieur s’en remet entièrement à son guide, qui le dirige de la voix, avec l’aide d’un microphone depuis 1998. «A mon époque, il devait hurler ses consignes. En avant, halte, encore pour prolonger le dernier ordre donné. Gauche ou droite, en prenant soin d’être bref si le virage est court, d’accentuer le mot s’il est long. Le guide est toujours placé à l’avant, pour que nous puissions mieux le situer dans l’espace. Il crie ses instructions quand il effectue sa manœuvre. Ainsi, avec le temps de réaction, nous tournons à notre tour au bon moment. Entre la voix du guide et le bruit de ses skis, j’étais capable de situer sa position à 20 ou 50?cm près.»
Les bruits extérieurs constituant un désagrément, les microphones ont effectivement fait leur apparition, comme le confirme Sandra Streit. «Mais toutes les nations n’ont pas forcément encore les moyens de s’en procurer», précise-t-elle.
LA COMPÉTITION
Longtemps, les courses officielles se sont déroulées en trois épreuves distinctes, réservées aux aveugles, aux malvoyants jusqu’à 3% et demi et aux malvoyants jusqu’à 10%. «Désormais, les compétiteurs des catégories B1 (cécité complète ou seule perception de la lumière), B2 et B3 s’élancent dans une même course, relève Natacha de Montmollin. Les temps réalisés, sur des pistes qui sont le plus souvent celles de la Coupe du monde féminine, sont modifiés quasi instantanément à l’arrivée, en fonction du coefficient de handicap de chacun.»
Christoph Kunz offre à la Suisse sa première médaille
La Suisse tient sa première médaille aux Paralympiques de Vancouver. Le Bernois Christoph Kunz (28?ans) a remporté, sur sa luge-monoski, l’argent du slalom géant, disputé sous une pluie battante.
En tête après la première manche, Kunz possédait 42 centièmes d’avance sur Martin Braxenthaler. Mais l’Allemand, déjà champion olympique du slalom deux jours plus tôt, reléguait le Bernois de plus de trois secondes sur le second tracé. Sept fois champion de Suisse, Kunz n’avait encore jamais ramené de médaille des Paralympiques. Chez les dames, Nadja Baumgartner n’a pas pu faire fructifier son 3e?rang de la première manche. La Bernoise, qui souffre de cécité, est sortie sur un deuxième parcours chaotique au cours duquel elle a perdu le contact avec sa guide.
L’équipe de curling a, elle, totalement sombré contre le Canada, champion du monde, qu’elle avait pourtant battu en tournoi il y a peu. Les Suisses ont encaissé dix points en deux ends (4+6!) pour finalement s’incliner 15-1. Ils comptent trois défaites en cinq matches.
SI