Il était 16 heures hier en Suisse, 23 heures au Japon, quand Sarah Marquis a décroché le téléphone. Si nous appelions l’habitante de Vevey, infatigable et enthousiaste marcheuse à travers le monde, c’était pour qu’elle s’explique à propos de l’émission de la TSR Mise au Point qui l’a accusée, dimanche soir, d’avoir triché. Selon un guide biennois installé au Chili, Martin Rihs, Sarah Marquis aurait voyagé en voiture et à vélo sur plusieurs centaines de kilomètres dans les Andes en 2006, alors que son image et ses défis sont bâtis sur la marche à pied. «J’ai vu l’émission à 4 h du matin au Japon… Je suis atterrée, triste de l’intérieur, je n’ai rien compris à ce qui s’est passé.»
Alors, oui ou non, Sarah a-t-elle triché? «Non! Tout cela, c’est l’inverse de qui je suis, de ce que je fais. Ces 200?km, je les ai faits avec un vélo que j’ai acheté parce que la charrette que je tirais jusque-là s’était brisée. Et alors que je voulais atteindre les 4000?m par l’unique route possible, les policiers m’ont interdit le passage. Je suis restée à une station-service avec mon vélo et je me suis dit je fais quoi? J’ai appelé mon frère, il m’a rassurée, puis appelé à l’aide Martin Rihs, un guide super, qui nous a aidé dans plein de trucs. Il est venu avec sa voiture, et on a fait la route, mon vélo et moi, avec lui jusqu’à la voie des Andes, à 4000?m. J’adore marcher, je ne voulais pas tricher en roulant, pourquoi je tricherais, la voiture et le vélo, ça m’emm… C’était tellement anecdotique ce petit bout de route sur 7000?km de voyage! Et jamais je n’ai dit, je vous l’assure, à Martin Rihs de ne pas parler de cela.»
«Un montage troublant»
Mais bon, pourquoi ne pas en avoir parlé, de cette histoire de vélo, de voiture? «Mais parce qu’il y a quatre ans on ne communiquait pas comme aujourd’hui. C’est mon erreur, j’aurais dû en parler, mais je le redis, c’était tellement anecdotique, tellement un détail. Pour en parler il aurait fallu que j’estime que c’était important, ou intéressant. Aujourd’hui, c’est différent, on peut me suivre quasiment pas à pas sur mes périples».
Et comment expliquer ces déclarations, quatre ans plus tard, de Martin Rihs? «Ma famille et moi, on n’y comprend rien! J’ai adoré partager du temps avec lui, mon frère, mes parents, c’est un homme qui connaît tous les noms des plantes et des lézards du désert, vraiment je ne comprends pas. Il m’a amené dans une école là-bas pour parler aux enfants, nous avons partagé tellement de bons moments.»
Cela dit, l’aventurière avoue en riant dans le téléphone qu’il est parfois moins stressant de se retrouver face à un animal dans le désert que face à une caméra de la télé: «Ce qui me trouble, c’est le montage de l’émission. On m’a caché jusqu’au dernier moment qu’on voulait me parler de cela, on m’a appelée pour me dire qu’on désirait évoquer mon expédition, Explorasia, qui a commencé le jour de mon anniversaire (ndlr: 38 ans), le 20 juin dernier. Rien d’autre. C’était chouette. Et vlan, tout à coup, en duplex, on me balance ces accusations. Je n’en revenais pas. Ce qui me fait du bien aujourd’hui, ce sont les innombrables messages de soutien que je reçois.»
Des sponsors fidèles
Tiens parmi les soutiens, les sponsors qui restent solides, il y a Debiopharm (Lausanne), et Gaz Naturel (Lausanne) dont des responsables nous ont assuré hier, sur un même ton: «Nous gardons toute notre confiance à Sarah qui a au pire fait une petite erreur de communication. Elle a suffisamment montré de quoi elle est capable.»
«Si la SSR veut mes films, je dirai non…»
«Ce qui est fou, c’est que j’étais pendant quatre ans en Suisse et que personne n’est venu me parler. Là, en pleine expédition entre la Mongolie et l’Australie, je m’arrête au Japon pour faire d’urgence soigner mes dents — et c’est assez grave — et voilà qu’on m’appelle pour me taper dessus!» Elle en a, comme on dit, gros sur la patate, Sarah.
«Mon corps qui marche, pour moi, c’est un véhicule pour accéder à des sensations uniques, à l’harmonie avec la nature. Ma marche, c’est une démarche philosophique, physique, spirituelle. Les deux premiers mois de mes expéditions, je nettoie mon corps.»
Mais que pense-t-elle, cette femme amie de la nature, de la phrase du «prince» Massimo Lorenzi jugeant Sarah Marquis en fin d’émission en disant: «Les économiques peuvent mentir, les politiques peuvent mentir, les journalistes peuvent mentir mais pas les aventuriers!» Elle rit aux éclats: «Moi ça ne me parle pas car je n’ai pas menti, même pas par omission. J’ai eu un problème, j’ai trouvé une solution, et voilà. Mais je vais vous dire, je n’ai pas envie de polémiquer, je me réjouis de repartir après mon dernier traitement dentaire qui sera fait le 2 novembre. Il faut que je garde mon corps à niveau, je dois marcher. Partir. Et revenir dans deux ans, le jour de mes 40?ans.»
Et si la TSR voulait, comme elle le fait depuis longtemps, diffuser encore des reportages signés Sarah Marquis? «Ce sera non. Non. J’ai été piégée, je suis blessée.»