Alain Thébault a l’étoffe des héros. S’il avait vu le jour à la fin du XIXe siècle et connu les débuts balbutiants de l’aviation, sans doute aurait-il été l’un des pionniers. Passionné de voile et d’aéronautique, féru de haute technologie et génial metteur au point, ce conquérant de l’extrême a déjà réalisé son premier rêve historique: battre le record de vitesse sur l’eau avec son hydroptère, un trimaran de 60 pieds. L’automne dernier sur la base de vitesse de Hyères, Thibault et son équipage ont gravi l’Everest des marins avec une pointe à 51,36 nœuds sur 500?m, puis 50,17 nœuds de moyenne sur un mille.
Ce n’était qu’un début. L’équipe de l’Hydroptère, soutenue par le banquier genevois Thierry Lombard et son fils Adrien, vise beaucoup plus haut avec la construction de deux nouveaux trimarans volants. Le premier – l’Hydroptère.ch – un multicoque de 35 pieds (12?m), est en cours de construction en Bretagne (dérives, bras et foils) et sur le chantier Décision SA de Bertrand Cardis, à Ecublens.
Plus polyvalent
«Le coqueron central est en cours d’assemblage final et les flotteurs vont être stratifiés. La mise à l’eau n’est pas prévue avant juin ou juillet, nous confirme Cardis. C’est un gros boulot qui a démarré en septembre 2009 avec en moyenne huit à neuf personnes sur le chantier. Ce n’est pas un trimaran de régates que l’on construit, mais un véritable bateau laboratoire flottant sur le Léman. Il doit rendre l’hydroptère plus polyvalent et capable de naviguer avec des forces de vent différentes.»
L’Hydroptère.ch doit permettre aux marins et aux ingénieurs de tester sur le lac l’intégration de nouveaux sauts technologiques pour la construction d’un maxi-hydroptère de 30?m de long pour 35?m de large, dévolu, lui, au record autour du globe et à la conquête du Graal absolu: survoler la planète en bateau en moins de quarante jours!
L’Hydroptère.ch a pour objectif de valider le choix d’une nouvelle géométrie ainsi que d’évaluer l’effet d’une multitude de paramètres sur les performances du voilier. La géométrie de l’hydroptère lacustre est innovante puisqu’il s’agit en fait d’un catamaran de 35 pieds, avec coqueron central structurel et des foils en V. Il sera équipé d’une dérive offrant la possibilité de naviguer avec les foils hors de l’eau si les conditions ne permettent pas de décoller, et non d’un seul ensemble arrière comme l’hydroptère de 60 pieds (celui du record de vitesse), mais de deux ensembles arrière complet safran-plan porteur. Cela afin d’assurer un meilleur équilibre en vol.
Partenariat avec l’EPFL
Thierry Lombard est à l’origine du partenariat du Team Hydroptère avec l’EPFL. La haute école lausannoise apporte depuis plusieurs années son concours dans des domaines de pointe tels que l’aérodynamique, les matériaux composites, le comportement structurel et le videoimaging. Ainsi, l’EPFL met aujourd’hui tout son savoir, sa créativité et sa puissance de calcul au service du trimaran volant, comme elle l’avait déjà fait avec succès pour les bateaux d’Alinghi, deux fois vainqueurs de l’America’s Cup en 2003 et en 2007. «Nous avons les partenaires qui nous permettent d’atteindre le développement technologique dont nous rêvons», souligne Alain Thébault, le pilote du projet Hydroptère. «Avec les trois bateaux, l’idée est de couvrir l’ensemble des records à la voile. L’union entre les marins et ingénieurs français et suisses nous rend plus forts.»
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